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LETTRE SUR LA DIVINE INSPIRATION DES SAINTES-ÉCRITURES,

à propos de la lettre de démission

de M. LE PROFESSEUR EDMOND SCHERER

 

PAR J. N. DARBY

 

GENÈVE, [mai, juin]1850

[Les textes entre crochets ont été ajoutés par Bibliquest]

Table des matières abrégée :

1       [Le pourquoi de cette lettre]

2       [Ce qui est en cause : une doctrine de démon niant l’existence même d’une révélation écrite de Dieu, d’une Parole venant de Dieu]

3       [Autorité de la Parole de Dieu]

4       [Valeur du canon des Écritures]

5       [Médiocrité ou nullité de l’incrédulité]

6       [Perfections divines dans les différences de détails entre les évangiles]

7       [L’homme en face de cette valeur de la Parole de Dieu]

8       APPENDICE

 

 

Table des matières détaillée :

1       [Le pourquoi de cette lettre]

1.1         [Nécessité d’être sévère]

1.2         [Distinguer la personne de ses actes]

2       [Ce qui est en cause : une doctrine de démon niant l’existence même d’une révélation écrite de Dieu, d’une Parole venant de Dieu]

2.1         [Autre implication : la destruction de toute base divine pour la foi et destruction de la foi elle-même]

2.2         [« A priori » Dieu est plus fiable que l’homme]

2.3         [Objectif de l’incrédulité : substituer une croyance humaine à un témoignage divin, autrement dit : exclure Dieu]

2.4         [Les choses de Dieu ne sont connues que par l’Esprit]

2.4.1          [Prétention à avoir une révélation sans inspiration, autrement dit sans aucune base divine garantissant un témoignage préservé d’erreur]

2.4.2          [Les choses de Dieu ne sont connues que par l’Esprit. S’il y a révélation, elle provient de l’Esprit]

2.4.3          [Les apôtres ont retransmis par l’Esprit ce qui leur avait été révélé]

2.4.4          [Qualifier l’inspiration de « ventriloquie cabalistique » est insultant et blasphématoire]

2.4.5          [Contester l’inspiration sans parler de l’Ancien Testament est malhonnête, car l’autorité du Nouveau et de l’Ancien Testament est la même, et les prophètes affirment très souvent ouvertement leur inspiration]

3       [Autorité de la Parole de Dieu]

3.1         [Passages du Nouveau Testament qui reconnaissent l’autorité de l’Ancien Testament]

3.2         [« Les Écritures », comme ensemble et globalement, sont reconnues comme inspirées de Dieu]

3.2.1          [Cette inspiration des « Écritures » n’est pas limitée aux passages ou écrits qui la revendiquent]

3.2.2          [Dieu n’a pas changé de manière d’agir pour donner des fondements à la foi]

3.2.3          [Les communications de l’Esprit aux Églises ou au monde étaient et sont la « Parole de Dieu » et ce qui était écrit par l’Apôtre était des « commandements du Seigneur »]

3.2.4          [Les « Écritures » qualifiées d’« écrits prophétiques »]

3.2.5          [Celui qui rejette l’autorité et l’inspiration d’une épitre n’a pas l’autorité que l’apôtre avait]

3.2.6          Comme ceux de Paul, les écrits de Jean ou de Pierre annoncent la vérité, comme ayant le droit d’imposer leurs pensées

3.3         [Nier l’inspiration et l’autorité des Écritures vient du démon. Or il y a obligation d’« éprouver les esprits »]

3.4         [Nombreuses affirmations de l’autorité incontestable et divine des Écritures]

3.5         [Preuves de l’autorité de la Parole de Dieu : elle se démontre elle-même]

4       [Valeur du canon des Écritures]

4.1         [Les fidèles reçoivent les témoignages de Dieu ; les incrédules ne les discernent pas. Il y a responsabilité d’écouter]

4.2         [La ressource, aux derniers jours, c’est le respect pour les Saintes Écritures]

4.3         [Un homme peu instruit, mais enseigné de Dieu, reçoit la vérité et les Écritures, sans savoir justifier l’inspiration et l’authenticité]

4.4         [Inspiration dans les généalogies ou l’absence de généalogie]

4.5         [Spécificités de chaque livre du Nouveau Testament]

4.5.1          [Les évangiles]

4.5.2          [Actes à Hébreux]

4.5.3          [Jacques et Pierre]

4.5.4          [Jude]

4.5.5          [Philémon et 2 et 3 Jean]

4.5.6          [Apocalypse ]

4.5.7          [Vue d’ensemble du Nouveau Testament : son unité et l’union intime de ses diverses parties montrent un ensemble complet et parfait]

5       [Médiocrité ou nullité de l’incrédulité]

5.1         [Futilité des doutes que l’homme savant se crée ; il a alors besoin de preuves. Dieu laisse l’incrédule dans son ignorance]

5.2         [L’incrédule ne tire pas ses jugements de ce qui est dans la Parole, mais du dehors]

5.3         [Vomir ouvertement des blasphèmes n’est pas de la franchise]

5.4         [La Parole de Dieu n’est pas amoindrie par le fait d’être écrite, même si les traductions introduisent des imperfections]

5.5         [La révélation de Dieu a été placée entre des mains d’hommes. Derrière les imperfections, la fidélité de Dieu veille sur l’Église, et Christ la nourrit et la chérit]

5.6         [Témérité du savoir incrédule, pas de doute grave sur le texte Biblique]

6       [Perfections divines dans les différences de détails entre les évangiles]

6.1         [Les incertitudes sur le sens ne démontrent pas l’absence d’inspiration divine]

6.2         [Influence de la traduction des Septante]

6.3         [Prétendues erreurs, contradictions, inexactitudes : l’incrédule a un jugement sans valeur]

6.4         [Différences entre les évangiles : Tout est divinement adapté au but du Saint Esprit]

6.5         [Les difficultés proviennent de l’ignorance. S’attendre à Dieu pour les résoudre]

6.6         [Les déclarations d’inspiration du Nouveau Testament ne sont pas limitées à un passage]

6.7         [La fidélité de Dieu garde sa Parole, mais chacun est responsable, et la Parole jugera ceux qui la rejettent]

6.8         [Différence dans l’inspiration du Nouveau Testament et celle du l’Ancien Testament]

6.9         [L’inspiration des évangiles et de 2 Pierre, Jude et Apocalypse. Détails sur la futilité des doutes]

6.9.1          [Valeur de la deuxième épitre de Pierre]

6.9.2          [Nullité ou médiocrité des épitres qui ne font pas partie du Canon du Nouveau Testament]

6.9.3          [L’épître de Jude]

6.9.4          [La prophétie d’Énoch]

6.9.5          [Apocalypse : richesse et profondeur]

7       [L’homme en face de cette valeur de la Parole de Dieu]

7.1         [L’auteur de la lettre préfère l’homme à Dieu]

7.2         [Rejeter l’autorité de la Parole (ce que le Saint-Esprit a déjà dit) ouvre la porte à des prétentions humaines et à des ruses sataniques]

7.3         [Lorsqu’un mal vieillit et perd son influence sur l’esprit de l’homme, l’ennemi l’attaque pour fonder un autre mal plus en rapport avec l’état des esprits]

7.4         [Quel est finalement l’état de l’auteur de pareilles idées ?]

8       APPENDICE

8.1         [Les paroles données à l’apôtre par le Saint Esprit ont autorité même si elles sont rejetées. Le fait d’être écrites ne les amoindrit pas]

8.2         [Perfection de l’inspiration jusque dans le détail et dans les différences entre évangiles]

8.3         [Les prophètes de l’Ancien Testament étudiaient leurs propres prophéties : l’inspiration était directe et positive]

8.4         [Unité de la Bible malgré la grande diversité d’époques des écrivains : le seul Saint Esprit en est l’auteur]

8.5         [L’exactitude morale plus importante que l’exactitude de détails]

 

 

AU LECTEUR

1         [Le pourquoi de cette lettre]

1.1         [Nécessité d’être sévère]

La lettre de M. Scherer à M. Merle-d’Aubigné, m’ayant été communiquée par une personne tierce qui désirait en avoir mon avis, j’y répondis en toute liberté et sans aucune préoccupation de publicité future. Je parlai sévèrement en quelques endroits, parce que je jugeai sévèrement ce que je critiquais, la foi des Chrétiens étant chose trop précieuse pour qu’on ne s’oppose pas clairement à celui qui la ruine. Du reste, on retrouvera dans cette lettre toutes les imperfections qui se rattachent à une composition pareille. Il aurait fallu les corriger peut-être, si elle devait être livrée au public ; mais elle ne le sera point. Le but de son impression est de la communiquer à quelques amis qui en ont désiré la lecture, le temps manquant pour en faire des copies.

 

1.2        [Distinguer la personne de ses actes]

Encore un mot. Le blâme qui tombe sur la lettre de M. Scherer ne peut manquer, dans un certain sens, de rejaillir sur son auteur ; mais je désire vivement que le lecteur, et M. Scherer lui-même, si cet écrit venait à tomber dans ses mains, séparent, comme je l’ai fait moi-même, autant que possible, M. Scherer de sa lettre. Je ne doute nullement que M. Scherer, malgré ses graves erreurs, n’ait d’excellentes qualités, et j’aime à les apprécier à leur juste valeur, tout en jugeant sa doctrine sans acception de sa personne.

Quand je dis que j’ai pu séparer M. Scherer de sa lettre, je ne prétends pas qu’il ne mérite pas d’être blâmé, car il est clair qu’il est responsable de ce qu’il a fait ; mais voici ce que je veux dire. La chair dans un Chrétien, n’est pas meilleure, hélas ! que dans un homme du monde. Or, je chéris toujours la pensée que M. Scherer est chrétien, quelle que soit la gravité de sa position. J’espère même que cette affaire-ci pourra lui être en bénédiction. Tout en jugeant ses actes selon leur valeur, pour l’amour des âmes, je puis espérer qu’il jugera lui-même ce fruit des convoitises de l’esprit, comme ma réponse le fait, et j’espère que, se séparant lui-même de ses actes, il se soustraira personnellement à la condamnation qu’ils méritent.

Si donc il m’est arrivé de dire que traiter si légèrement, si superficiellement un sujet si sérieux, est l’acte d’un esprit vulgaire, je crois que j’ai prononcé un jugement moralement sain sur l’acte de M. Scherer ; mais je désire sincèrement qu’il ne soit point blessé. Je désire aussi que le lecteur ne le tienne point pour un esprit vulgaire, mais plutôt qu’il se joigne à moi pour espérer que, réflexion faite, M. Scherer, se jugeant lui-même, nous montrera que les paroles par lesquelles je le condamne ne s’appliquent qu’à son acte et non point à lui.

Pour traiter le sujet à fond il aurait fallu un volume, ceci n’est qu’une lettre ; il ne faut pas y chercher plus que ce qu’une lettre intime et rapidement écrite peut donner.

 

 

LETTRE sur LA DIVINE INSPIRATION des SAINTES-ÉCRITURES.

Mai 1850.

 

M….

 

2         [Ce qui est en cause : une doctrine de démon niant l’existence même d’une révélation écrite de Dieu, d’une Parole venant de Dieu]

Je vous remercie de m’avoir communiqué la lettre de M. Scherer à M. Merle-d’Aubigné. Je n’ai rien vu de plus mauvais que cette lettre. C’est le fait d’un esprit vulgaire, de parler si légèrement, si superficiellement et avec tant de vanité et de suffisance sur des sujets si sérieux. Derrière lui, car je n’ai aucune raison d’en accuser l’auteur, je vois une mauvaise foi qui démontre la présence et l’opération d’un mauvais esprit, d’un démon. Pour ma part, je ne peux pas réduire la question à celle du degré d’inspiration, à une discussion sur l’inspiration littérale ou autre, question intéressante pour ceux qui croient à une révélation. Ce qui est contesté ici n’est point du tout un degré particulier d’inspiration, une telle intention est même désavouée, mais bien toute révélation faite par écrit, et même toute révélation quelconque faite par la bouche d’un homme. Il y a des vérités, mais il n’y a pas de communication de ces vérités de la part de Dieu, à moins que ce ne soit de la personne de Christ intérieurement à l’âme, si cela même peut avoir lieu selon ses principes. La lettre nie l’existence de toute Parole de Dieu de quelque nature que ce soit, sauf en tant que Christ porte ce titre, emploi du mot, pour lequel après tout, d’après son système, on n’a aucune autorité. Ce pourrait être une méprise de Jean, ou une tradition rabbinique ou rabbino-platoniste ; et l’expression se trouve effectivement dans les écrits de ce caractère. Il faut bien tenir ferme la question sous cette forme-là. [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

2.1        [Autre implication : la destruction de toute base divine pour la foi et destruction de la foi elle-même]

La dénégation de toute communication de la vérité divine qui, venant de Dieu, aurait l’autorité de Dieu comme vérité. Pour nous, selon l’auteur de la lettre, il n’y a pas de vérité divine. Parce que, une vérité qui n’est pas communiquée avec une certitude divine, n’est pas une vérité divine pour l’homme : ou pour parler plus exactement, un fait qui existe, mais qui n’est pas de cette création, et qui n’est pas communiqué avec une certitude divine ne peut pas être une vérité pour mon âme. Il pourrait y avoir une révélation immédiate à chaque individu, en chaque cas, autrement il doit y avoir une communication inspirée de bouche ou par écrit. Je ne parle pas d’application à la conscience, par l’Esprit, mais du moyen pour posséder la certitude divine de la vérité, en sachant de qui on l’a apprise. Une doctrine ne peut pas avoir plus d’autorité, comme vérité, que le moyen employé pour sa communication. Un homme peut être le moyen de communiquer la vérité, et cette vérité peut agir, par la puissance de l’Esprit, sur le cœur et sur la conscience, mais il n’y a aucune base de foi. L’effet a été produit, par Dieu, dans l’âme ; l’homme peut dire voilà ce que je crois ; mais si je lui demande pourquoi croyez-vous cela ; il n’a aucune réponse. Il ne peut pas rendre raison de sa foi. Souvenez-vous donc que lorsqu’on parle d’autorité, en disant il n’y a pas d’autorité, on peut remplacer le mot par certitude divine, et que la doctrine qu’on veut enseigner, c’est qu’il n’y a pas de certitude divine dans les choses de la foi, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de foi. « Celui qui a reçu son témoignage a mis son sceau que Dieu est véritable, car celui que Dieu a envoyé, annonce les paroles de Dieu » [Jean 3:33]. Mais ceci n’existe plus dans le système qui nous est présenté. Il n’y a plus de foi. Un témoignage de Dieu est exclu. On me dira ceci est un argument a priori. Non, je ne fais que constater la vraie question, ce qui souvent la décide pour une âme sincère. Si quelqu’un contestait l’interprétation d’un passage, et que je fisse voir que sa manière de l’envisager, l’effet de son raisonnement est de faire Christ méchant, ou de prouver qu’il n’est pas le Fils de Dieu ; constater la question serait en effet la décider pour celui qui connaît Christ.

 

2.2        [« A priori » Dieu est plus fiable que l’homme]

Au reste, il y a deux genres d’arguments a priori qu’il est important de signaler ici, et qui diffèrent du tout au tout, et sont moralement l’opposé même l’un de l’autre. Je suppose que quelqu’un voudrait prouver que Dieu est menteur. Je dis cela ne se peut pas : Je juge votre raisonnement faux a priori. Ma conviction est parfaitement saine, parfaitement logique et philosophique, si vous voulez parler ainsi : parce qu’il est beaucoup plus sûr, plus infailliblement sûr que Dieu ne peut pas mentir, tandis qu’il est très-possible que votre raisonnement soit faux, lors même que je ne saurais pas en découvrir la fausseté. Combien n’y a-t-il pas de choses sur lesquelles la capacité de raisonner juste manque à l’homme ! C’est là une sauvegarde que Dieu a accordée aux simples ; c’est-à-dire une conviction divine sur des choses au-dessus de leur portée et de la portée de l’homme, tandis que le philosophe qui prétend les résoudre s’enfonce. C’est aussi ce qu’on appelle raisonner a priori, que de dire : Dieu ne devrait pas être telle ou telle chose. Mais la différence est du tout au tout. Dans le premier cas je mesure la folie de l’homme par la certitude de ce que Dieu est ; dans le second, je mesure ce que Dieu devrait être en prenant l’homme pour mesure, ce qui est nécessairement faux. « Tu pensais, dit Dieu, que j’étais comme toi-même, mais je te reprendrai, et je mettrai devant tes yeux les choses que tu as faites » [Ps. 50:21].

 

2.3        [Objectif de l’incrédulité : substituer une croyance humaine à un témoignage divin, autrement dit : exclure Dieu]

Dans le premier cas, je dis : Dieu est vrai, votre raisonnement qui le nie, ne peut pas l’être ; dans le second ; voilà ce que je pense, et Dieu devrait être ce que je pense. Mesurer l’homme par la certitude de ce que Dieu est, et mesurer Dieu par l’homme, sont deux choses bien distinctes. On peut appeler cela des raisonnements a priori. Il est vrai que cela suppose qu’on connaît Dieu, et il est possible que M. Scherer ne comprenne pas la force de ce raisonnement, car tous n’ont pas la connaissance de Dieu. Dieu cache ces choses aux sages et aux intelligents, et il les révèle aux petits enfants. Or, je n’exagère pas en disant que ce système ôte toute certitude divine dans les choses de la foi, et qu’avec lui on cesse totalement et absolument de mettre son sceau que Dieu est véritable ; c’est-à-dire que, quant au témoignage, Dieu est exclu ; les paroles de l’Auteur le prouvent, « Pourquoi, d’ailleurs, dit-il, une certitude historique, jointe à une évidence morale, ne suffirait-elle pas au chrétien dans les choses de la foi ? ». Le but est donc de substituer une croyance purement humaine à un témoignage divin : le but est d’exclure Dieu.

 

2.4        [Les choses de Dieu ne sont connues que par l’Esprit]

2.4.1        [Prétention à avoir une révélation sans inspiration, autrement dit sans aucune base divine garantissant un témoignage préservé d’erreur]

D’autres exemples frappants de ce besoin d’exclure Dieu, se présentent dans la lettre, mais je poursuis le sujet. On nous dit, en réponse, qu’on veut bien la révélation, mais pas l’inspiration ; c’est-à-dire que les Apôtres, ou autres, employés pour communiquer la vérité, ont eu une base divine pour leur foi, mais que les autres fidèles n’en ont point. Car c’est là, tout simplement l’effet de cette supposition. La vérité a été révélée du ciel, c’est-à-dire divinement communiquée aux Apôtres, etc., mais dès lors il n’y a eu qu’un témoignage humain, quelque pieux qu’il soit : aucune base divine, en fait de témoignage qui, de la part de Dieu, garantisse l’Église de l’erreur. Je dis de la part de Dieu, parce que personne ne conteste la possibilité que l’homme tombe dans l’erreur par sa folie ou sa négligence. [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

2.4.2        [Les choses de Dieu ne sont connues que par l’Esprit. S’il y a révélation, elle provient de l’Esprit]

Il serait presque assez de formuler cette pensée pour la réfuter, mais il n’est pas nécessaire d’insister là-dessus, parce que nous avons la contradiction formelle de cette supposition dans la Parole même : « Mais Dieu », dit l’apôtre qui tenait à constater le contraire de la thèse de M. Scherer, « Dieu nous les a révélées par son Esprit ». (Je ne pense pas qu’on prétende que les communications faites par le moyen de Paul, soient d’un autre caractère ou d’une autre nature que celles faites par la bouche de Pierre ou de Jean, ou d’un prophète quelconque). La raison que donne l’Apôtre, pour cette révélation, est si frappante ! « Car, qui est-ce des hommes qui connait les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même aussi nul n’a connu les choses de Dieu, sinon l’Esprit de Dieu. Or nous avons reçu, non l’esprit du monde, mais l’Esprit de Dieu, afin que nous connaissions les choses qui nous ont été données de Dieu » [1 Cor. 2:11-12]. J’allais insister sur ce même point, en raisonnant, oubliant que l’Apôtre avait dit la chose. Je ne fais maintenant qu’insister sur la force de ce qu’il dit. Sans une communication divine, il n’y a pas de foi. Ce qui est du ressort de l’homme, dans les limites de son intelligence, l’homme peut le savoir, en voyant, en raisonnant, ou par le témoignage de l’homme ; mais il n’en est pas ainsi des choses de la foi, des pensées et des vérités divines. Dieu seul les connaît, et Dieu seul peut les faire connaître, par conséquent l’homme les ignore entièrement, si Dieu ne les révèle pas. Or, il les fait connaître par son Esprit, c’est-à-dire par révélation, donnant le Saint-Esprit lui-même, qui le révèle dans le cœur. Je parle de l’œuvre apostolique. [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

2.4.3        [Les apôtres ont retransmis par l’Esprit ce qui leur avait été révélé]

Or la question reste donc dans les limites plus étroites que nous avons déjà fait remarquer. La voici : Les Apôtres ayant reçu d’une manière divine la connaissance de ces choses, est-ce qu’ils les ont communiquées d’une manière excellente, mais non inspirée ? Dieu les avait révélées par son Esprit, comment est-ce que les Apôtres les ont communiquées ? Leur inspiration était-elle « purement religieuse ? » Rien de plus précis que le témoignage de l’Apôtre à ce sujet. À la suite du passage déjà cité, il dit : « lesquelles aussi nous proposons [desquelles aussi nous parlons], non point avec les paroles que la sagesse humaine enseigne, mais avec celles que le Saint-Esprit enseigne » [1 Cor. 2:13]. Peut-il y avoir de l’inspiration formulée d’une manière plus absolue que par l’expression « des paroles que le Saint-Esprit enseigne » ? Ici donc, il n’y a rien d’équivoque. Lorsque l’Apôtre proposait les vérités que le Saint-Esprit lui avait enseignées, il le faisait avec des paroles que le Saint-Esprit lui avait aussi enseignées. Ce malheureux Monsieur Scherer, trahi par sa vanité, peut, avec une révoltante légèreté qui, si on ne la considère pas telle est un blasphème, appeler cela une « ventriloquie cabalistique » ; mais la chose qu’il désigne ainsi, est claire et certaine.

 

2.4.4        [Qualifier l’inspiration de « ventriloquie cabalistique » est insultant et blasphématoire]

Et faites bien attention ici qu’il n’est pas dit que ce n’est pas l’inspiration, mais une ventriloquie cabalistique ; c’est l’inspiration, en la supposant vraie, qu’il désigne ainsi, en contraste avec les nobles accents de la voix humaine ; c’est-à-dire que c’est Dieu parlant lui-même par la bouche des hommes qu’il désigne par ces paroles insultantes et blasphématoires. Ai-je tort de dire qu’il veut exclure Dieu ? Et remarquez bien ici qu’il s’agit de toute inspiration quelconque. Balaam, chez qui l’inspiration religieuse était impossible, et qui proféra son discours sentencieux, ayant entendu les paroles de l’Éternel, Ésaïe, Jérémie et tant d’autres qui nous ont dit : Ainsi a dit l’Éternel. La parole de l’Éternel m’est venue en disant, etc., doivent être tous appréciés de la même manière. Les raisonnements de l’auteur de la lettre s’appliquent à tout. Ici, cependant, point d’équivoque. Les prophètes proclament hautement leur inspiration, et nous l’avons par écrit. [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

2.4.5        [Contester l’inspiration sans parler de l’Ancien Testament est malhonnête, car l’autorité du Nouveau et de l’Ancien Testament est la même, et les prophètes affirment très souvent ouvertement leur inspiration]

À ce sujet, j’accuse la lettre d’une mesquine mauvaise foi. Elle laisse de côté l’Ancien-Testament, afin de simplifier la question, dit-elle. Mais ses raisonnements, sauf peut-être en ce qui regarde le canon, s’appliquent à tout. L’Ancien-Testament n’est qu’une ventriloquie cabalistique. A-t-il de l’autorité, et le Nouveau n’en a-t-il point ? Est-ce que l’Ancien-Testament est la Parole de Dieu, et le Nouveau ne l’est-il pas ? C’est très-commode de raisonner sur un sujet, et de « laisser de côté » la partie dont les preuves sont incontestables. L’inspiration est une réalité ; et nous avons l’autorité absolue de la Parole de Dieu lui-même. Les prophètes l’ont affirmée, le Seigneur l’a reconnue, c’est-à-dire celle du recueil, tel qu’il est écrit, et il a déclaré que rien ne pouvait en infirmer l’autorité, et l’Apôtre a déclaré que ces écrits sont divinement inspirés et capables de rendre sage à salut. Le principe de l’autorité est vrai, le principe de l’inspiration est vrai. Les paroles de la lettre de M. Scherer ne sont que des paroles de blasphème, et pour lui, la chose se réduit à ceci : le Nouveau -Testament n’est pas ainsi inspiré ; mais il n’a pas la bonne foi de reconnaître que l’Ancien ne laisse aucun fondement à son argument.

 

3         [Autorité de la Parole de Dieu]

3.1        [Passages du Nouveau Testament qui reconnaissent l’autorité de l’Ancien Testament]

Vous saisissez bien cela. L’inspiration est certaine, l’autorité de la Parole de Dieu incontestable. Il ne reste donc seulement que ceci, c’est que, selon l’Auteur de la lettre, le Nouveau-Testament n’en fait pas partie. Ses principes sont faux, il ne s’agit que de savoir si le jugement d’un homme qui esquive des preuves irréfragables, vaut quelque chose, lorsque ce jugement est basé sur ces principes faux et même blasphématoires. Je ne donne pas de citations pour démontrer que les prophètes donnent leurs prophéties pour inspirées, parce que cela se retrouve presque au commencement de chaque prophétie distincte ; mais j’indiquerai des passages dans le Nouveau-Testament qui reconnaît les Écrits de l’Ancien comme ayant cette autorité. Luc 24:44 : « Il fallait que toutes les choses qui sont écrites de moi dans la loi de Moïse, dans les Prophètes et dans les Psaumes fussent accomplies ». Jésus reconnaît le « recueil » appelé l’Ancien-Testament, dans ses trois parties, encore ainsi intitulées dans les Bibles hébraïques d’aujourd’hui. Le Seigneur les place sur le même pied d’autorité. Verset 27 : « Alors commençant par Moïse et tous les Prophètes, il leur expliquait dans toutes les écritures les choses qui le regardent ». Jean 5:39 : « Sondez les Écritures, car vous, vous estimez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui rendent témoignage de moi ». « Et l’Écriture ne peut être anéantie » : Jean 10:35. Ces passages montrent que les Écritures de l’Ancien-Testament étaient un recueil reconnu du Seigneur, et cela, dans les détails de ses divisions actuelles ; reconnu comme ayant une autorité absolue. Mais en outre, les avoir par écrit, c’est quelque chose de plus quant à la forme de communication, que d’avoir la vérité dite de bouche, quoique cette bouche soit celle du Seigneur lui-même. Jean 5:47 : « Si vous ne croyez pas ses écrits, comment croirez-vous mes paroles ? » Les écrits étaient donc l’objet de la foi, et par conséquent avaient l’autorité de la Parole de Dieu. — « Ils ont Moïse et les Prophètes, qu’ils les écoutent, et s’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, ils ne seront pas persuadés non plus si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts » : Luc 16:29, 31. Lorsque l’Apôtre prêcha à Bérée et leur communiqua la vérité, les Juifs, ses auditeurs, examinaient tous les jours les Écritures pour savoir si les choses étaient telles qu’on leur disait  ; c’est-à-dire qu’ils employaient les Écritures, comme une autorité, pour juger l’enseignement même d’un Apôtre, et ils sont approuvés : Actes 17:11. Nous avons donc l’inspiration de l’Ancien-Testament constatée, son autorité reconnue par le Seigneur, et le recueil, tel que nous le possédons, déclaré authentique et reconnu comme revêtu de cette autorité que rien ne pouvait infirmer.

 

3.2        [« Les Écritures », comme ensemble et globalement, sont reconnues comme inspirées de Dieu]

« Les Écritures » sont reconnues de Dieu, comme un ensemble, une catégorie d’écrits à part, jouissant d’une autorité, savoir de celle de sa Parole. Comme il est dit : Prov. 30:5, 6 : « Toute Parole de Dieu est affinée ; il est un bouclier pour ceux qui s’attendent à lui. N’ajoute rien à ses paroles, de peur qu’il ne te reprenne, et que tu ne sois trouvé menteur ». Enfin, l’apôtre Paul, 2 Tim. 3:16, rend un témoignage remarquable à cet effet, et qui signale ce genre d’écrits de la manière la plus précise. « Toute écriture est divinement inspirée, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger et pour instruire selon la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement instruit pour toute bonne œuvre ». Il ne s’agit donc que de savoir si le Nouveau-Testament fait une partie des écritures, ou si l’Église est entièrement privée d’une communication inspirée qui lui ait été confiée, et si elle ne jouit que de l’Ancien-Testament. [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

3.2.1        [Cette inspiration des « Écritures » n’est pas limitée aux passages ou écrits qui la revendiquent]

Et ici, je relève la folie d’un principe posé par la lettre, que la prétention à l’inspiration se borne nécessairement à l’écrit qui la met en avant, ou au moins aux écrits du même auteur. Cette assertion n’a pas de sens. Pourquoi un auteur inspiré ou le Seigneur ne pouvait-il pas déclarer tous les autres livres ou quelques-uns d’entre eux inspirés ? Il n’y a aucune nécessité de l’autre côté que d’autres écrits du même auteur soient inspirés, parce qu’il y en a un qui l’est. Le Seigneur met son sceau sur tout l’Ancien-Testament, et Paul déclare que toute écriture est divinement inspirée. Est-ce que cela ne prouve rien que l’inspiration de l’épître à Timothée où le passage se trouve ? Un homme qui cherche à renverser les fondements de la vérité par des raisonnements pareils, mérite la répréhension plutôt que la réfutation. 2 Pierre 1:19 à 21, nous trouvons la parole prophétique et toutes les prophéties de l’Écriture, et cela de la part des hommes qui ont parlé étant poussés par le Saint Esprit. Je sais que M. Scherer rejette cette épître, mais pourquoi accepterai-je son autorité ? Le caractère de l’épitre n’est pas celui de l’écrit d’un imposteur. Or si ce n’est pas l’écrit de Pierre, il l’est bien d’un imposteur, car il se dit être l’Apôtre, et l’épitre être la seconde. Mais je laisse ce point. Ce que M. Scherer dit du Canon, est aussi entièrement sans force. Il veut que nous ne puissions pas profiter du Nouveau Testament avant de régler le Canon. Pourquoi ? Supposons, ce que je ne crois pas à l’égard de la Parole, qu’un sauvageon se trouve dans mon jardin, est ce que je ne peux pas profiter des bons arbres qui s’y trouvent ? Si la seconde épître de Pierre est fausse, et si l’Apocalypse mérite tous les reproches que l’insolente prétention de la lettre lui fait, qu’est-ce que cela dit quant à l’épître de Jean, ou à celle de Paul aux Romains ? Je pourrais admettre qu’une telle épître soit douteuse, ce que je n’admets pas, sans douter le moins du monde des autres. [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

3.2.2        [Dieu n’a pas changé de manière d’agir pour donner des fondements à la foi]

J’en reviens aux preuves directes. Nous avons vu l’inspiration, l’autorité, le canon, même de l’Ancien-Testament constatés, et les principes de la lettre sur l’inspiration renversés de fond en comble ; mais nous avons vu davantage. Saint Paul a reçu les vérités qu’il a annoncées, par révélation, et il les a communiquées par des paroles enseignées par l’Esprit ; c’est-à-dire, par inspiration. Or, il est certain, par conséquent, que les premiers disciples avaient la vérité communiquée par inspiration, pour être le fondement de leur foi ; et le raisonnement de M. Scherer, s’il était fondé, ne prouverait rien que ceci, c’est que Dieu aurait changé de manière d’agir, et laissé les siècles suivants sans ce fondement, et leur foi sans base divine, différence assez incroyable. [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

3.2.3        [Les communications de l’Esprit aux Églises ou au monde étaient et sont la « Parole de Dieu » et ce qui était écrit par l’Apôtre était des « commandements du Seigneur »]

Mais lorsque Paul dit : Nous proposons [nous parlons, 1 Cor. 2:13], veut-il appliquer ces mots seulement à ce qu’il a dit de bouche, et n’a-t-il rien proposé par écrit ? Nous savons bien qu’il a proposé par écrit ce qui lui a été révélé, c’est-à-dire, que ses écrits, dans ce but, ont été inspirés. Il le dit même, ce qui n’aurait pas été nécessaire après ce que nous avons trouvé dans le passage cité des Corinthiens. Mais Dieu nous a accordé cette preuve aussi : « Comment », dit-il, « par la révélation, le mystère m’a été manifesté, ainsi que je l’ai écrit ci-dessus, en peu de mots, d’où vous pouvez voir en le lisant quelle est l’intelligence que j’ai du mystère de Christ ». On me dira, cela se peut, lorsqu’il s’agit de vérités fondamentales, mais pour d’autres choses, non. Ce refuge même, « l’Écriture » le leur ôte. En parlant des détails des règlements intérieurs d’une Église, 1 Cor. 14:36, 37, l’Apôtre dit : « La Parole de Dieu est-elle procédée de vous ? ou est-elle parvenue seulement à vous ? Si quelqu’un croit être prophète, ou spirituel, qu’il reconnaisse que les choses que je vous écris sont des commandements du Seigneur ; et si quelqu’un est ignorant, qu’il soit ignorant ! » Donc, les communications de l’Esprit aux Églises ou au monde étaient la « Parole de Dieu » et ce qui était écrit par l’Apôtre, pour les diriger, des « commandements du Seigneur ». « Et c’est pourquoi », dit l’Apôtre aux Thessaloniciens, « nous rendons sans cesse grâces à Dieu, de ce que quand vous avez reçu de nous la parole de la prédication de Dieu, vous l’avez reçue, non comme une parole des hommes, mais ainsi qu’elle l’est véritablement, comme la Parole de Dieu laquelle aussi agit avec efficace en vous qui croyez » [1 Thes. 2:13]. Or, nous avons vu que l’Apôtre met ses écrits sur le pied des commandements du Seigneur, avec la triste consolation pour ceux qui ne peuvent pas le discerner, « si quel qu’un est ignorant qu’il soit ignorant ! » Or, est-ce que quelqu’un me dira que l’Apôtre, agissant dans ce même caractère, et s’adressant de la même manière, en vertu de sa sanction et de son autorité apostolique, aux Romains ou aux Galates, est moins inspiré que lorsqu’il s’adresse aux Corinthiens ? Un tel raisonnement ne mérite pas une autre réfutation que celle-ci : Si quelqu’un est ignorant, qu’il soit ignorant ! Dire que Dieu a voulu que la foi des Éphésiens et des Corinthiens reposât sur l’inspiration divine, et celle des Romains et des Galates sur une base humaine, ne mérite pas une réponse de la part d’un homme sérieux. — [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

3.2.4        [Les « Écritures » qualifiées d’« écrits prophétiques »]

Nous avons un genre d’écrits, et ce genre d’écrits est inspiré, et s’appelle « les Écritures ». Le chapitre 16 des Romains constate, je n’en doute pas, ce principe d’une manière claire, au verset 26 : « la révélation du mystère… mais qui a été manifesté maintenant et qui par des écrits prophétiques, a été donné à connaître à toutes les nations, selon le commandement du Dieu éternel, pour l’obéissance de la foi ». Ce passage signale encore le genre d’écrits que nous appelons « les Écritures », des écrits qui ont l’autorité d’une révélation, d’un oracle de Dieu ; ce sont des écrits prophétiques. Enfin, pour terminer cette partie des témoignages que nous possédons, Pierre, dans sa seconde épître, reconnaissant ce genre d’écrits en l’appelant « les Écritures », nous dit, en parlant de toutes les épîtres de Paul, que les gens peu disciplinés par la vérité, les tordent comme ils le font à l’égard des autres écritures, constatant que les épîtres de Paul font partie des Écritures ; terme très bien compris et ayant la force que nous lui donnons aujourd’hui, ainsi que les paroles du Seigneur le montrent. [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

3.2.5        [Celui qui rejette l’autorité et l’inspiration d’une épitre n’a pas l’autorité que l’apôtre avait]

Je comprends que M. Scherer rejette cette épître, mais je n’accepte pas son dire comme une autorité. Au reste, je n’ai cité que deux passages qui en font partie. L’existence des écrits prophétiques, des écrits du Nouveau-Testament, qui ont l’autorité de la Parole de Dieu, des commandements de Dieu, est constatée donc de la manière la plus claire. Celui qui trouve les paroles de l’Apôtre que le Seigneur a envoyé, de plus d’autorité que celles de l’auteur [Scherer] de la lettre, celui qui respecte la Parole de Dieu et la révélation de Dieu, ne peut en douter. [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

3.2.6        Comme ceux de Paul, les écrits de Jean ou de Pierre annoncent la vérité, comme ayant le droit d’imposer leurs pensées

Or, s’il y a des écrits de Jean ou de Pierre ayant les mêmes prétentions, s’adressant de la même manière aux chrétiens, et cela parfaitement selon l’administration divine qui leur a été confiée, ainsi, par exemple, que ceux de Pierre à la circoncision ; est-ce que le chrétien dira : Les écrits d’un Apôtre sont inspirés ; mais, ceux d’un autre, tout en étant parfaitement du même genre, ne le sont pas, quoiqu’il parle expressément au nom de son apostolat, et comme exerçant l’autorité de sa mission ? Je suppose maintenant leur authenticité, et qu’ils sont vraiment les écrits qu’ils prétendent être. Il ne s’agit pas de trouver les mots ; je suis inspiré ; ce qui s’y trouve est l’expression non équivoque de l’autorité. La foi des chrétiens, par conséquent, les revêt de cette autorité. Ils annoncent la vérité, comme ayant le droit d’imposer leurs pensées, comme étant telle, et, de fait, l’imposant ainsi. Prenez la première épître de saint Pierre. Ne s’adresse-t-il pas avec une pleine autorité comme Apôtre ? Lorsque Paul dit : Et si quelqu’un n’obéit pas à notre parole renfermée dans cette épître, ne conversez point avec lui [2 Thes. 3:14], l’écrit n’était-il pas d’une autorité apostolique ? Lorsque Jean dit : Nous sommes de Dieu, celui qui connaît Dieu nous écoute, celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas. Exerçant alors une autorité divine sur la conscience, croyez-vous qu’il voulait faire entendre que ces paroles prononcées avec tant de solennité, dans son épître, n’avaient point du tout une autorité pareille ? Ce serait une contradiction, car, si l’on refusait ce qu’il disait, on ne l’écoutait pas. On ne peut pas attribuer cette autorité à ses paroles prononcées ailleurs, sans l’attribuer aux paroles mêmes qui la réclament. Si je dis : — Je vous ordonne de m’obéir, l’ordre que je donne et l’autorité de ce que j’ai déjà commandé subsistent et touchent ensemble. — Je ne crois pas que l’autorité de Pierre soit moins grande que celle de Jean ou de Paul ; il a été envoyé avec la même autorité de la part du Seigneur.

 

3.3        [Nier l’inspiration et l’autorité des Écritures vient du démon. Or il y a obligation d’« éprouver les esprits »]

Maintenant, qu’est-ce que nous avons démontré ? Qu’il y a un genre d’écrits appelés « les Écritures », qui sont inspirés, qui ont une autorité absolue comme la Parole de Dieu, reconnus par le Seigneur et ses Apôtres, et mis en avant par eux, constamment, avec la plus grande solennité. Nous avons trouvé qu’une très grande portion du Nouveau-Testament fait partie de ces Écritures ; qu’il y a un corps d’écrits attachés à l’œuvre apostolique, des écrits prophétiques, employés par le commandement de Dieu, corps d’écrits qui a l’autorité de la Parole de Dieu. La question donc est réduite à de très-petites dimensions. L’assertion qu’il n’y a pas d’inspiration, ni d’autorité divine de la Parole, a été démontrée entièrement fausse. Elle est en opposition flagrante avec l’autorité du Seigneur et des Apôtres, et cherche à renverser ce qu’ils maintiennent. La seule question est celle-ci : Est-ce que tel ou tel livre fait partie de ce recueil inspiré ? Question très sérieuse, mais qui par le fait même qu’elle se pose ainsi, suppose l’existence et l’autorité de la Parole de Dieu, et cherche seulement à ne pas confondre les prétentions humaines avec l’autorité divine qu’elle respecte, et dont elle cherche à conserver toute la valeur intacte et sans alliage. Vous comprendrez que ce n’est pas ici le lieu de donner les preuves en détail de l’authenticité de chaque livre du Nouveau-Testament ; ce serait écrire une introduction au Nouveau-Testament. J’indiquerai plus bas quelques principes généraux des voies de Dieu à cet égard. La grande question est vidée. Le but de la lettre que vous m’avez envoyée n’est pas de montrer que tel ou tel livre n’est pas authentique, en admettant l’inspiration des autres, mais de nier l’inspiration. Or, l’inspiration a été démontrée ; non-seulement la révélation, mais l’inspiration, la vérité révélée, communiquée par des paroles enseignées par le Saint-Esprit. S’il en est ainsi, (faites-y bien attention), la lettre a le caractère, non seulement d’un principe faux, mais d’un principe hostile à Dieu, à sa bonté, aux fondements de la vérité qu’il a daigné nous communiquer, aux bases mêmes de la foi. C’est une chose bien importante de juger la source et le caractère de ce qui se présente comme la vérité. — Ne recevez pas tout esprit, mais éprouvez les esprits, savoir s’ils sont de Dieu, car plusieurs faux prophètes sont sortis (pour agir) dans le monde [1 Jean 4]. Je juge solennellement en agissant d’après cette direction de l’Apôtre — du Saint-Esprit, — que le principe de la lettre vient du démon. Ce n’est pas ici le lieu d’examiner jusqu’à quel point les principes de ceux auxquels l’auteur s’oppose ont fourni l’occasion de cette irruption de l’ennemi. Ce qui mine les fondements de la foi, en opposition à la déclaration expresse de l’Esprit de Dieu, vient de l’ennemi, et j’ai toujours trouvé que traiter publiquement, ouvertement, ce qui est de l’ennemi, comme étant de lui, est la sagesse de Dieu, et est accompagné de sa force et de sa bénédiction. Je traite ainsi la lettre de M. Scherer. Il y a un genre de preuve de l’autorité des Écritures, c’est-à-dire d’un recueil d’écrits ayant l’autorité de la Parole de Dieu, difficile à produire par cela même, et qui fait sa force : c’est l’appel continuel, en écrivant aux fidèles, à la Parole écrite, comme à une autorité reconnue.

 

3.4        [Nombreuses affirmations de l’autorité incontestable et divine des Écritures]

Elle est employée comme une autorité que personne ne songeait à contester, sinon un incrédule avoué. Ouvrez le Nouveau-Testament, presque à quelle page vous voudrez, vous trouverez la preuve de ce que je dis. — « Il est écrit, il est écrit », décidait toute question et terminait toute controverse. Il ne s’agit pas de prouver les Écritures, elles servent de preuve absolue et finale. C’est le témoignage le plus fort qu’on puisse avoir. Si je dis, en raisonnant sur quelque question d’affaires humaines : les lois disent ceci, et les lois disent cela, comme décidant la question ; cela suppose leur existence, leur autorité, comme dominant toute controverse, et une autorité que personne ne peut mettre en question. Il en est ainsi de l’emploi des Écritures. Si c’est la Parole d’autorité (ainsi que la lettre le dit), et non l’autorité de la Parole, ainsi que je le crois avec une foi entière, cette Parole d’autorité même se soumet, de la manière la plus absolue, à l’autorité de la Parole. On examine les Écritures pour savoir si les choses sont ainsi. — « Ceci est arrivé afin que les Écritures soient accomplies » [Matt. 26:56]. « Jésus, afin que les Écritures fussent accomplies, dit : J’ai soif » [Jean 19:28]. « Le Saint-Esprit a bien parlé à nos pères par le prophète Ésaïe » [Actes 28:25]. « Promis par les prophètes dans les Saintes-Écritures » [Rom. 1:2]. « Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; et il a été enseveli et ressuscité, selon les Écritures » [1 Cor. 15:4]. « Aussi l’Écriture prévoyant que Dieu justifierait les Gentils par la foi » [Gal. 3:8]. « Et l’Écriture ne peut être anéantie » [Jean 10:35]. « Laissez agir la colère, car il est écrit » [Rom. 12:19]. « Afin que par la consolation des Écritures nous ayons espérance » [Rom. 15:4], — C’était le grand avantage des Juifs, par-dessus tout, que les Oracles de Dieu leur aient été confiés. — « Car, que dit l’Écriture » [Rom. 4:3]. « Les Écritures peuvent nous rendre sages à salut » [2 Tim. 3:15]. Les Juifs anéantissaient la Parole de Dieu par leur tradition [Marc 7:13]. « Il leur ouvrit l’esprit pour entendre les Écritures, et il leur dit : Il est ainsi écrit » [Luc 24:45-46]. Est-ce en s’accommodant à l’homme que le Seigneur ouvre l’entendement pour faire comprendre des choses qui n’ont pas une autorité divine ? Non, les Écritures sont traitées par les Apôtres, par le Seigneur lui-même, comme ayant une autorité incontestable et divine, comme les Oracles de Dieu, comme la Parole de Dieu. Ceci est tellement vrai, que lorsque le Seigneur, pour l’accomplissement de sa mission divine, a dû subir la tentation de l’ennemi, c’est l’arme qu’il emploie comme étant d’une trempe divine, contre laquelle Satan n’avait aucune force, et ses ruses aucun succès possible. Il suffisait de dire : il est écrit. Le tentateur se serait trahi, s’il avait mis en question l’autorité absolue de ce qui était cité. Sa meilleure ressource est de citer l’Écriture à sa manière ; mais elle ne fait pas défaut à cette épreuve. Le second Adam répond encore : « Il est aussi écrit ». On peut, sans blâme, préférer la sagesse et la perfection de son Sauveur à la suffisance et à l’incrédulité du doctorat humain. Et faites attention ici, à l’importance de cet emploi de la Parole de Dieu, des Saintes-Écritures, des Oracles de Dieu, par les Apôtres et par le Seigneur. — On dit : mais il y a des variantes, de mauvaises traductions, des choses que des connaissances plus avancées démontrent impossibles, de sorte qu’on ne peut pas prendre les Écritures comme une autorité. Le Seigneur donc avait tort. Il y avait des variantes, de mauvaises traductions (celle en particulier des Septante), signalée par la lettre, des inconséquences qu’on prétend montrer, lorsque le Seigneur a dit que les Écritures ne peuvent être anéanties. Lorsqu’il vide sa controverse avec Satan, par leur moyen, Satan, pour ne pas paraître Satan sans voile, n’ose pas les mettre en question. Il y en avait, lorsque l’Apôtre les appelle les Oracles de Dieu. Rien de ces choses n’empêche le Seigneur de reconnaître leur autorité absolue dans toutes les occasions. La folie de Dieu est plus sage que les hommes. [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

3.5        [Preuves de l’autorité de la Parole de Dieu : elle se démontre elle-même]

À l’égard des preuves qu’on peut avoir de l’autorité de la Parole, elle porte sa démonstration avec elle, comme tout témoignage de Dieu. C’est là le principe fondamental. Elle n’exige pas des preuves, elle fournit des preuves de tout à l’âme. Le soleil n’a pas besoin d’être éclairé pour qu’on le reconnaisse, il éclaire. La Parole de Dieu n’est pas jugée, elle juge. Si Dieu parle, et nous avons vu que les Écritures sont appelées sa Parole, malheur à celui qui ne sait pas que c’est Lui qui parle. Il y en a, bien sûrement, qui ne reconnaîtront pas que c’est Lui. Si ce refus de croire est absolu, ils seront perdus ; leur jugement est écrit : La lumière est venue et les ténèbres ne l’ont pas comprise, « La Parole de Dieu est plus pénétrante qu’une épée à deux tranchants, et elle atteint jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles, et elle est juge des pensées et des intentions du cœur » [Héb. 4:12]. On la reçoit de bouche ou par écrit, comme étant la Parole de Dieu ; si on la rejette, eh bien l’on est perdu. Si l’on ignore quelques détails, ou si l’on se méprend sur quelque livre, on en perd d’autant par son orgueil. « Le témoignage de l’Éternel est assuré, donnant la sagesse aux simples, aussi ton serviteur est rendu éclairé par eux » [Ps. 19:7,11]. « L’entrée de tes paroles illumine, et donne de l’intelligence aux simples » [Ps. 119:130]. Lisez tout le Psaume 119. Cette conviction que la Parole se démontre elle-même, est de toute importance. Elle seule maintient le vrai caractère de la Parole de Dieu. Comme Jésus, elle ne reçoit pas un témoignage de la part de l’homme. Celui qui ne croit pas au Fils de Dieu sera condamné [Marc 16:16]. Celui qui ne reçoit pas le témoignage que Dieu a donné de son Fils, fait Dieu menteur [1 Jean 5:10], et n’a pas la vie ; car selon les paroles du Seigneur lui-même, les Écritures lui rendent témoignage. Le principe fondamental c’est que dans le cas de la Parole de Dieu, il s’agit de la foi, et le raisonnement de l’homme ne saurait en être le fondement ; s’il l’était, ce ne serait pas la foi en Dieu, ni la foi en sa Parole. « Il a cru Dieu » [Gal. 3:6]. « Ils seront tous enseignés du Dieu » [Jean 6:45] ; « Celui qui a entendu le Père et appris de Lui vient à moi » [Jean 6:45].

 

4         [Valeur du canon des Écritures]

4.1        [Les fidèles reçoivent les témoignages de Dieu ; les incrédules ne les discernent pas. Il y a responsabilité d’écouter]

Ayant posé ce principe, j’entre dans quelques détails à l’égard des voies de Dieu à cet égard. Nous avons vu le Seigneur mettre son sceau sur les Écritures ; mais remarquez qu’en faisant cela, il a mis son sceau sur la foi de tous ceux qui les avaient reçues avant qu’il l’ait fait. Ce n’est pas parce qu’il a dit cela que les fidèles ont cru. Leur cœur, leur foi, avaient été mis à l’épreuve auparavant. Leur foi existait en ce qu’ils ont reçu ces témoignages avant que ceux-ci aient été ainsi sanctionnés, au moment où ils ont été proposés à leur foi, sur le pied de leur propre autorité. Lorsque Jérémie parle, il ne s’ensuit pas que tous reçoivent son témoignage ; il y en avait qui n’avaient pas d’oreilles pour entendre, mais qui écoutaient les faux prophètes. C’est une question morale où il s’agit de reconnaître Dieu. Mais les fidèles, dans tous les âges, ont reçu les témoignages de Dieu, et les infidèles n’ont pas pu discerner Dieu dans ces témoignages. Cela n’est pas changé aujourd’hui Dieu donne, dans sa Parole, une évidence morale assez grande pour la légitimer à la conscience, lorsqu’il a établi quelque chose de nouveau, ou lorsqu’il a soutenu la foi, loin du sanctuaire, il a ajouté des preuves extraordinaires suffisantes. Mais avec cela vient la responsabilité morale de celai qui écoute ; et c’est ce que Dieu ne détruira jamais, et en même temps la grâce qui agit pour donner et affermir la foi. La réception de la Parole, et plus tard, l’intelligence de cette Parole, est une chose présentée à la responsabilité de l’homme. La grâce seule peut l’amener à la recevoir et la lui faire comprendre. Rien ne peut déplacer cette responsabilité, ni ôter la nécessité de cette grâce, ou en détruire l’efficace. L’autorité du témoignage apostolique le plus positif, et qui exige la soumission de la manière la plus tranchante, ne peut pas changer cela. Si quelqu’un est prophète ou spirituel, qu’il reconnaisse que ce que j’écris sont les commandements du Seigneur [1 Cor. 14:37] : Si quelqu’un est ignorant, qu’il soit ignorant [1 Cor. 14:38]. Un apôtre ne peut pas dépasser ces bornes. Car les choses communiquées par les paroles enseignées par l’Esprit se discernent spirituellement. Il en était ainsi du temps de tous les prophètes. « Écoutez, dit Jérémie, et prêtez l’oreille, ne vous élevez point, car l’Éternel parle… que si vous n’écoutez ceci, mon âme pleurera en secret à cause de votre orgueil » [Jér. 13:17]. Or, ce qui distingue l’état qui amène le jugement sur la maison de Dieu, c’est que sa Parole perd son autorité, sauf dans le résidu gardé par Lui. « Et toute vision vous sera comme les paroles d’un livre cacheté qu’on donnerait à un homme de lettres, en lui disant : nous te prions, lis ceci ; et il répondrait : je ne saurais, car il est cacheté » [És. 29:11]. Puis, si on le donnait à quelqu’un qui ne fut point homme de lettres, en lui disant : nous te prions, lis ceci, il répondrait : je ne sais point lire [És. 29:12]. C’est pourquoi, parce que ce peuple s’est approché de moi de sa bouche, et qu’ils m’honorent de leurs lèvres, mais qu’ils ont éloigné leurs cœurs de moi, et parce que la crainte qu’ils ont de moi est par un commandement d’hommes, etc. [És. 29:13]. Voilà l’état du peuple et la cause de son jugement. Alors le Seigneur dit : Empaquette le témoignage, cachète la loi parmi mes disciples. À la loi et au témoignage [És. 8:16,20]. — Il en est ainsi dans le Nouveau-Testament : Aux derniers jours surviendront des temps fâcheux. Quelle est alors la ressource ? « Mais toi, demeure ferme dans les choses que tu as apprises et qui t’ont été confiées, sachant de qui tu les as apprises ; vu même que dès ton enfance tu as la connaissance des Saintes Écritures, qui te peuvent rendre sage à salut, par la foi qui est en Jésus Christ. Toute Écriture est divinement inspirée » [2 Tim. 3:14-16].

 

4.2        [La ressource, aux derniers jours, c’est le respect pour les Saintes Écritures]

La ressource, aux derniers jours, c’est le respect pour les Saintes Écritures, et l’assurance de leur suffisance. Toute Écriture est divinement inspirée. Ainsi, soit parmi les Juifs, soit dans l’Église, la ressource des mauvais jours c’est la confiance dans la divine inspiration des Saintes Écritures. Le Seigneur l’a signalée et sanctionnée ; mais cette confiance dans l’autorité de la Parole, existait avant qu’il l’eût sanctionnée. C’est cette foi, sans autre sanction que la Parole même, qu’il a sanctionnée. Témoignage pré cieux pour les temps qui viendraient après lui, car ainsi, cette même sanction s’applique aussi à ceux-là. L’Apôtre nous annonçant les mauvais jours, dirige d’avance nos pensées sur le même moyen d’assurer l’âme. Ceux qui ont eu foi aux Écritures, avant le témoignage du Sauveur, ayant su, par grâce, distinguer ce qui était la Parole, avant que Jésus ait mis son sceau sur le tout, ont été ainsi approuvés de lui. Ceux qui le font après, ont déjà cette sanction. Ils ont la même responsabilité à l’égard de ce qu’ils reçoivent. Mais, quoique cette responsabilité existe, Dieu ne laisse pas d’employer des moyens. — Il y a un autre principe que je ferai remarquer ici : c’est que les Oracles de Dieu sont confiés à son peuple. L’Église ne peut pas imposer son autorité, mais elle a la responsabilité de garder le dépôt qui lui a été confié. Ainsi, Rome a manifesté son infidélité, en ajoutant les livres apocryphes, comme la lettre de M. Scherer a l’air de vouloir nous faire ajouter à la Parole de Dieu, des livres absurdes jusqu’à la niaiserie, tels que l’épître de Barnabas ou d’autres. Or, quoique l’Église puisse manquer à sa responsabilité, en détail, il est impossible pour le fond que Dieu manque à son Église, ou que Christ ne la nourrisse et ne l’entretienne pas. Dieu surveille tout cela, afin, non que les docteurs ne s’égarent pas, mais que les fidèles aient une nourriture de sa part, et une règle de vie parfaitement sûre. Ce ne sont pas les petits et les colporteurs qui trouvent la difficulté. Dieu leur a accordé et conservé la Bible, et leur conscience rend témoignage, par l’Esprit, que Dieu agit en eux-mêmes par cette Parole. Le Saint Esprit les rend capables, selon la mesure de leur spiritualité, de l’employer et de la comprendre. Un cœur plein de joie, parce qu’il est enseigné de Dieu, discerne la Parole. Ils la lisent dans une mauvaise traduction peut-être ; ils y perdent sans doute quelque chose, mais Dieu a pris soin qu’il en reste assez pour que leurs cœurs apprennent avec certitude la doctrine et les voies de Dieu. Cette Parole est l’épée de l’Esprit, elle porte sa conviction avec elle, où l’Esprit l’emploie selon l’efficace de sa grâce. Elle laisse l’homme sous la responsabilité de l’avoir rejetée, partout où elle est présentée à la conscience.

 

4.3        [Un homme peu instruit, mais enseigné de Dieu, reçoit la vérité et les Écritures, sans savoir justifier l’inspiration et l’authenticité]

Un homme peu instruit dans la science, mais enseigné de Dieu, est beaucoup plus en mesure de saisir toute la vérité, lors même qu’il se servirait d’une traduction imparfaite, que le docteur qui prétend juger du canon tout entier. Et voici pourquoi. L’Église lui présente le Nouveau-Testament, car les Oracles de Dieu sont confiés à l’Église ; cela ne donne pas la foi, il est vrai, mais c’est un moyen que Dieu emploie. L’Église les présente, non pas avec autorité, comme prononçant sur la Parole, mais comme fidèle dépositaire de ce qui lui a été confié ; cela se fait par des parents, des amis, des ministres, et il y a une foi générale, dans l’Église professante, que c’est la Parole de Dieu. L’âme simple ne se met pas à juger de tout le canon du Nouveau-Testament, avant que de le lire ; elle le lit, et cette Parole produit la foi.

Un homme reçoit par l’enseignement de Dieu telle vérité, et encore telle autre. Pour celui-ci, l’histoire de Jésus est toute divine ; elle communique à son âme ce qu’elle reçoit par une science divine, car ces choses se discernent spirituellement. La Parole l’a jugé, la Parole lui a révélé Jésus. Les épîtres développent la doctrine divine. Il jouit de la Parole avec une certitude divine que Dieu lui a parlé. Il profite de tous les livres du Nouveau-Testament sans savoir ce que le mot canon signifie, et, si un savant docteur veut lui ravir son trésor, savoir l’autorité et l’inspiration de la Parole qu’il sait être de Dieu, cette Parole est, dans sa main, l’épée de l’Esprit, pour lui faire voir la folie de la science humaine. Il plaint le savant de manquer de tout ce dont il jouit divinement.

Celui qui a mangé du pain sait ce que c’est que le pain, sans être inspecteur des boulangers. Si, par la grâce, un croyant fait des progrès dans la connaissance divine, il voit l’harmonie de l’ensemble, l’adaptation des parties. Il a non seulement la pleine assurance de la foi, mais encore la pleine assurance de l’intelligence. Il voit la divine sagesse de la Bible, et non pas seulement la vérité divine en elle. Il trouve peut-être un texte faussé par une mauvaise traduction, cela ne s’accorde pas bien avec ce qu’il sait être la vérité de Dieu ; il vous dira : je ne comprends pas ce passage (je le suppose privé de tout secours spirituel, ce qui n’est pas le cas, selon les voies de Dieu dans son église), et, humble dans son cœur, il l’attribuera à son ignorance. Que fait le docteur, il raisonne sur le canon, il veut en juger avant de le lire, et il ne reçoit rien. L’esprit de l’homme ne se crée pas les choses de Dieu. La raison humaine ne peut pas prononcer sur l’autorité de la Parole de Dieu. On me dira, c’est se fier au sentiment ; non, c’est se fier à Dieu. Ils seront tous enseignés de Dieu. On ne connaît jamais l’autorité de la Parole qu’en y croyant.

Celui qui s’arrête à l’homme, me dira : mais il faut savoir d’avance si c’est la Parole de Dieu, avant d’y croire. Je réponds : vous ne le pouvez pas. Il est vrai, heureusement vrai, qu’on reçoit le Nouveau-Testament, comme la Parole de Dieu, sur la foi de ses parents ou de son éducation, mais on ne la reçoit réellement comme telle, que lorsqu’elle est mêlée avec la foi en ceux qui la lisent. Je reçois, pour ma part, avec une pleine assurance, le Nouveau-Testament, tel qu’il est adopté par l’Église universelle. Les circonstances m’y ayant appelé, j’ai examiné les témoignages extérieurs et je les trouve satisfaisants. Mais cela ne produit pas la foi ; cela peut être utile, pour écarter les objections de ceux qui ne vivent pas de la Parole et ne peuvent pas en juger. L’autorité de Dieu n’est pas du ressort de l’intelligence humaine. Je sais que certaines épîtres ont été mises en question dans les premiers siècles, au moins en de certains endroits ; mais je ne doute pas que l’Église de Dieu, en recevant comme inspirés les livres qui forment le Nouveau-Testament, n’ait été dirigée de Dieu. Les moyens de communication ne sont pas la règle de l’autorité, mais ces moyens peuvent être employés selon la certitude de la règle. Une mère instruit son enfant dans la vérité, elle n’en est pas la règle ; ainsi le pauvre chrétien reçoit le Nouveau-Testament tel qu’il est distribué. Peut-être qu’il ne peut pas démontrer l’authenticité du recueil, mais il profite heureusement du fait que l’Église reçoit ce recueil. Lorsqu’il l’a lu, il le trouve divin. Dieu emploie ainsi des moyens pour communiquer la vérité et le livre qui la contient. La masse des croyants en profite. C’est Dieu qui agit ainsi. S’il faut répondre à des incrédules qui contestent l’autorité de ce dont d’autres jouissent, il se peut que quelques-uns seulement sachent convaincre les contredisants, mais cela n’empêche pas Dieu d’employer ces moyens, et de donner la foi à ceux qui s’en servent, alors la folie des contredisants et de ceux qui se sont nourris d’incrédulité, apparaît à tous.

 

4.4        [Inspiration dans les généalogies ou l’absence de généalogie]

J’ai dit que l’homme exercé dans la Parole, selon Dieu, trouve non seulement dans l’application de passage après passage à sa conscience, la preuve de sa divinité, mais, dans l’intelligence qu’il acquiert, par ce moyen, de la plénitude de Christ, la conviction la plus profonde de la perfection de l’ensemble. Je prendrai un exemple qu’offre la lettre de M. Scherer. Il dit que l’Esprit de Dieu ne peut pas nous faire sentir la force d’une généalogie. Ce n’est que l’ignorance de la Parole, de Christ lui-même, qui se trahit dans une telle remarque. Pour faire ressortir la gloire variée de Jésus, d’après les conseils de Dieu à son égard, il importe de manifester les divers caractères qu’il revêt ; c’est le fond de la révélation de Dieu. Or sa relation avec Abraham et David, et sa relation avec Adam forment des points capitaux dans cette révélation ; c’est ce qui nous est présenté dans ces généalogies. Mais ce n’est pas tout. Elles correspondent exactement aux caractères des Évangiles auxquels elles sont respectivement attachées. — L’Évangile de Matthieu s’occupe spécialement du Messie, des relations du Christ avec les Juifs, de l’accomplissement des prophéties en lui, et en même temps de son rejet comme Messie, et de la transition à d’autres voies de Dieu. — Celui de Luc nous présente, après la naissance du Sauveur, les grands traits de la grâce venue dans le second Adam, les grands principes moraux qui s’y rapportent, de sorte que, dans le corps de cet Évangile, les événements ne sont pas mis dans l’ordre chronologique, mais selon les sujets moraux.

Ceci est vrai, même de la tentation. — Jean, au contraire, nous donne la personne du Sauveur, qui est au-dessus de toutes les questions des voies de Dieu en économie sur la terre. Les Juifs sont partout mis de côté comme réprouvés, ainsi il n’y a pas de généalogie. La Parole était Dieu. L’Évangile de Jean commence avant la Genèse ; à la fin, nous ne trouvons ni l’agonie en Gethsémané, ni l’abandon sur la croix, mais d’autres choses qui ne se trouvent pas en Matthieu ni en Luc. Ainsi les diverses gloires de Christ sont manifestées, et peu à peu la perfection admirable de la Parole brille dans toute sa splendeur. Les remarques des critiques pâlissent et s’effacent comme les étoiles, devant le soleil qui les fait disparaître, et les ténèbres, qui permettaient qu’on les aperçut. La Bible présente une perfection, dans ses parties et dans son ensemble, qui ne laisse aucun doute dans l’esprit de celui qui l’a goûtée, que cet ensemble ne soit divin dans son entier.

 

4.5        [Spécificités de chaque livre du Nouveau Testament]

J’ai déjà parlé de sa divinité en détail, comme épée de l’Esprit, qui fait sentir sa force à l’âme, en la jugeant et en lui révélant Christ ; mais je parle ici du tout, de ce qu’on appelle le canon. — [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

4.5.1        [Les évangiles]

Si MATTHIEU manquait, on n’aurait pas le Messie fils de David, fils 39 d’Abraham. — Si MARC manquait, on n’aurait pas le serviteur fait à la façon des hommes. — Si c’était LUC, on n’aurait pas le fils de l’homme ; enfin, si c’était JEAN, on perdrait le Fils de Dieu. — [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

4.5.2        [Actes à Hébreux]

Dans les ACTES, on trouve la fondation de l’Église, par l’énergie de l’Esprit de Dieu, le commencement et le développement de l’Église à Jérusalem par l’instrumentalité des douze ; puis les Gentils greffés sur le franc olivier par Pierre, apôtre de la circoncision ; et, lorsque Jérusalem a rejeté le témoignage, l’Église, pleinement révélée, et appelée par le ministère de Paul, apôtre des Gentils. — L’épître aux ROMAINS nous fournit les principes éternels des rapports de Dieu avec l’homme, établis en bénédiction par le moyen de Christ mort et ressuscité, et la conciliation de ces choses avec la spécialité des promesses faites aux Juifs, par celui qui ne peut y manquer. — Dans les CORINTHIENS se trouvent les détails de ce qui concerne l’intérieur d’une Église, sa marche, son ordre, son relèvement lorsqu’elle va mal, la patience et l’énergie de la grâce ; le tout tracé par l’Esprit de Dieu, agissant par le moyen d’un apôtre, et déclarant l’autorité divine de ce qu’il ordonne. — Dans les GALATES, le contraste entre la loi et la promesse, ainsi que la source du ministère ; en un mot, le jugement du judaïsme dans ses racines. — Dans les ÉPHÉSIENS, la plénitude des privilèges de l’Église, corps de Christ, sa relation avec lui, et le mystère caché depuis les siècles, dans lequel tous les conseils de Dieu, pour sa gloire, sont développés. — Dans les COLOSSIENS, la plénitude qui se trouve dans la tête, pour le corps, et l’avertissement solennel de ne pas se séparer en pratique de cette position d’union avec la tête, en laissant glisser au sein de l’Église les apparences d’humilité. — Dans les PHILIPPIENS, l’expérience faite par l’apôtre de ce que Christ est, comme suffisant à tout, pour le chrétien, quelle que soit sa position ; sa suffisance immédiate, lors même que celui-ci serait privé du soutien de l’apostolat, et la marche de l’Église dans l’unité de la grâce, dans l’unité maintenue par la grâce, lorsque l’énergie spirituelle de ses chefs humains viendrait à lui manquer. C’est une précieuse épître sous ce rapport. — Dans les THESSALONICIENS, l’attente de l’Église, dans la fraîcheur de ses affections, et le mystère d’iniquité aboutissant à l’arrivée du méchant ; mystère à travers lequel l’Église aurait à maintenir cette attente et ses affections. — En TIMOTHÉE et TITE, les soins qu’on peut appeler ecclésiastiques, pour le maintien, soit de la doctrine, soit de l’ordre. — Dans l’épître aux Éphésiens, l’Église avait été vue assise, comme un tout dans le ciel ; dans l’épître aux HÉBREUX, les fidèles sont considérés comme cheminant en faiblesse sur la terre, et Christ, par conséquent, est vu à part, pour eux, dans le ciel, en contraste avec les figures terrestres qui en avaient été données au milieu d’Israël. Ceci donne lieu à un développement magnifique de la personne du Seigneur, comme Dieu créateur, comme homme, et comme Fils sur sa propre maison, créateur de toutes choses, et enfin, particulièrement comme Sacrificateur, selon l’ordre de Melchisédech, quant aux droits de sa personne ; selon la ressemblance d’Aaron, ou plutôt eu contraste avec Aaron, quant à l’exercice actuel de la sacrificature. Ceci donne lieu au développement de la vie de la foi qui est celle de tous les croyants, et à la séparation finale des Juifs croyants, du camp de la religion terrestre, comme étant venus à la nouvelle Jérusalem. — [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

4.5.3        [Jacques et Pierre]

En JACQUES nous est présenté ce ceinturon de la justice pratique, qui bride la tendance du cœur à abuser de la grâce ; et les derniers rapports de Dieu avec les douze tribus (comme en Jonas avec les Gentils), lorsqu’un nouvel ordre de choses éclipsait par sa clarté et par sa perfection l’ordre auquel ces tribus avaient été infidèles. — En PIERRE, nous trouvons le chrétien pèlerin sur la terre, dans la position où l’efficace de la résurrection de Christ l’a placé selon une élection, non pas d’un peuple terrestre, mais pour la vie éternelle.

Ceci s’adresse aux Juifs de la dispersion (il était apôtre de la circoncision), et leur convenait particulièrement, en les délivrant de l’idée d’un établissement terrestre, pour être pèlerins, par la grâce, sur la terre, en vue de l’héritage incorruptible. La seconde épître de PIERRE, est écrite en vue de son départ et de l’irruption du mal ; elle les exhorte aux progrès. D’un côté, elle présente le tableau et l’assurance de la gloire du royaume à venir, dans sa partie céleste, mais manifesté sur la terre, et de l’autre, la corruption qui allait dégrader et ensevelir le nom chrétien, et les conséquences de cela en jugement. Pierre ne voit jamais l’Église comme un tout dans le ciel, ainsi que l’envisage saint Paul ; elle est, ou plutôt ses membres sont sur la terre, et ils y sont pèlerins. L’exactitude de tous les détails en rapport avec ce point de vue, même jusque dans la manière de présenter la gloire, montre, au 1er chap. de la 2ième Épître, une perfection qui déclare son origine divine. — [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

4.5.4        [Jude]

JUDE développe d’une manière admirable tous les traits de cette apostasie, son commencement et ses conséquences, en nous conservant ce qui aurait été perdu sans cela, la prophétie solennelle d’Hénoc, preuve de la clarté des témoignages de Dieu avant le déluge ; de Dieu, constant dans ses desseins, depuis le commencement jusqu’à la fin. — Jean nous présente tous les traits de la nature divine ; premièrement ces traits manifestés en Jésus, et puis comme caractéristiques de la famille toute entière ; sauvegarde contre toute prétention qui chercherait à séduire les fidèles, et qui manquerait ces traits ; et le moyen de nourrir et de rassurer les fidèles, par le développement de ces qualités, de la nature de Dieu, avec qui, si la lumière est en eux, ils ont communion, et en qui, si l’amour est en eux, ils demeurent, et lui en eux. Ceci est vrai de tout croyant en Jésus. Cet amour a été manifesté en Christ venu ici-bas, accompli, en nous plaçant dans une pleine jouissance avec lui, dans sa position en haut. — [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

4.5.5        [Philémon et 2 et 3 Jean]

PHILÉMON et les deux petites épîtres de JEAN nous font voir que si le mystère de Dieu nous est révélé par l’un des Apôtres, et la nature de Dieu mise en évidence par l’autre, s’ils nous élèvent à la hauteur de ses conseils et de son être, ils peuvent, et le christianisme qu’ils prêchent, peut s’occuper des rapports d’un esclave évadé avec son maître, et des soins, des difficultés pratiques d’une excellente dame, et d’un bon et estimable frère, à l’égard de la réception des personnes auxquelles la charité chrétienne pouvait ouvrir la porte, mais qui n’apportaient pas la doctrine de Christ. Elles nous font voir que cette charité qui demeure en Dieu, que Dieu lui-même est, dans sa nature, qui se manifeste dans l’œuvre glorieuse du Christ, cette sagesse qui arrange tous les mystères pour son éternelle gloire, ne dédaigne pas de pourvoir à la délicatesse parfaite des rapports difficiles d’un maître avec son esclave, ni de manifester les soins les plus tendres à l’égard des détails de la vie. Cet amour, dans la perfection de sagesse et de grâce, lie la plénitude et la perfection de Dieu à tous les mouvements du cœur humain, à toutes les circonstances de la vie d’ici-bas, et sanctifie un peuple qui doit demeurer avec Dieu, par la révélation de ce qu’il est, et qui les forme pour sa présence, en créant des affections pures, et en faisant d’un amour saint le ressort de toute leur vie.

 

4.5.6        [Apocalypse ]

Dans l’APOCALYPSE, l’Esprit de Dieu, après avoir, dans une revue admirable de l’état de sept Eglises d’Asie, donné les éléments d’un jugement parfait de tous les états dans lesquels celui qui se trouve en rapport avec l’Église peut être placé ; après avoir en même temps encouragé la fidélité de celui qui écoute, par des promesses de bénédiction en haut, spécialement convenables à la difficulté de chacun de ses états ; après avoir annoncé que cette bénédiction est préparée pour celui qui vaincra dans le combat où le place le déclin de l’Église, — (déclin déjà commencé du temps de l’Apôtre, dans l’abandon de la première charité, et qui finira en forçant Christ de vomir de sa bouche ceux qui en portent le nom) ; — après avoir fourni ainsi ce qui est nécessaire pour le Chrétien, au milieu des difficultés que présente l’état de l’Église professante, et révélé le jugement de Christ, et cela avec une perfection et une adaptation de détail admirables, — le Saint-Esprit tire le voile pour montrer où tout cela aboutira dans le jugement du monde. — Il révèle premièrement des châtiments dans les circonstances, puis plus directement sur les hommes ; ensuite, tous les traits de l’apostasie affreuse de l’homme ; l’organisation diabolique de ses forces contre Christ, et enfin le jugement qui éclatera par l’arrivée de Christ lui-même, Roi des rois, et Seigneur des seigneurs. Ce jugement faisant place à un gouvernement de bénédiction et de bonheur, (Satan étant lié), qui ne sera interrompu que par la mise en liberté de ce dernier, pour mettre à l’épreuve ceux qui auront joui de ce bonheur, et ainsi amener le jugement final des morts, et l’état éternel où Dieu sera tout en tous. C’est le développement coordonné et complet de ce dont Jude, 2 Pierre, 2 Thess., en s’adressant à l’Église, nous avaient communiqué les éléments nouveaux.

À la fin du livre, les rapports de l’Église dans le ciel avec Christ, de l’Église avec le temps de bonheur dont on jouira sous le règne de Christ, sont plus particulièrement développés.

Il y a un autre trait frappant de la perfection de l’APOCALYPSE qu’on peut ajouter ici, savoir son unité morale. La position de l’Église est bien constatée dans l’exorde et la conclusion, par l’expression de ses propres sentiments ; mais il n’y a jamais, dans tout le livre, une pensée qui se rattache à la communication vivante de la grâce, aux membres, de la part de la tête. C’est un livre prophétique de jugement, premièrement de l’Église, vue dans sa responsabilité sur la terre, dans les chapitres qui en parlent. Il y a promesse, menace, avertissement, jugement exprimé sur l’état de l’Église, révélation des caractères du Fils de l’Homme, tout ce qui tient à la responsabilité. La tête, source de vie et d’intelligence pour le corps, ne se trouve pas dans ces chapitres. Après le jugement de l’Église, vient celui du monde, jugement progressif en sévérité, jusqu’à l’excision du méchant. Il se trouve, dans cette partie, tout ce qui est nécessaire pour que les fidèles reconnaissent les voies de Dieu, et trouvent le chemin qu’il leur a tracé, pendant ces temps difficiles ; mais jamais Christ, source vivante de grâce ; tout est à sa place, car c’est l’ouvrage de Dieu.

 

4.5.7        [Vue d’ensemble du Nouveau Testament : son unité et l’union intime de ses diverses parties montrent un ensemble complet et parfait]

Le Nouveau-Testament nous présente donc, depuis la manifestation de Christ-homme, en humiliation sur la terre, jusqu’aux temps éternels où Dieu sera tout en tous, le développement parfait de toutes les voies de Dieu, et de ce qu’il est lui-même, afin que l’homme jouisse de lui, le connaisse et le glorifie ; que le fidèle soit gardé à travers toutes les difficultés et tous les dangers de la route, par la sagesse et les avertissements de Dieu, et qu’il comprenne sa sagesse et son amour infini. L’homme n’aurait pu composer ce tout, n’aurait pas pu prévoir la nécessité de chaque partie. On y sent la spontanéité énergique de la vie, c’est-à-dire de l’Esprit de Dieu. Mais ôtez une seule partie, lorsque nous possédons le tout, la lacune est instantanément sentie par celui qui l’a vu et l’a goûté. La perfection du tout se manifeste comme en tout ce que Dieu a fait, depuis l’insecte qui s’égaie dans l’air, jusqu’aux détails admirables du corps de l’homme, lié à une intelligence qui s’occupe de Dieu, et par la grâce, l’exprime dans sa figure même et dans ses voies. La Parole n’est pas informe ; c’est le corps complet des pensées révélées de Dieu, plus parfait que l’homme même auquel elle est adressée, parce que, plus immédiatement divine, elle s’exprime dans l’homme, parce que Dieu veut y introduire l’homme, mais c’est Dieu qui y exprime toute sa pensée. Oui, l’homme qui fait le savant ne le comprend pas, ce corps, parfois il ne le voit pas ; il en juge un membre selon la petite et mesquine histoire des faiblesses et des débats ecclésiastiques, les plus mesquins de tous les débats. Les choses de l’Esprit se discernent spirituellement. La perfection divine éclate à chaque page pour celui qui est spirituel, et l’unité de l’ensemble, la perfection de la liaison de ces détails, les rapports de ces détails entre eux et avec toutes les voies de Dieu, avec la personne de Christ, avec l’Ancien-Testament, avec le cœur de l’homme renouvelé qui se connaît par la grâce, avec les besoins de l’homme pécheur, avec les dangers et les difficultés de l’Église arrivés longtemps après, tout se réunit pour couronner d’une gloire divine, la démonstration de la source et du vrai Auteur du livre où ces choses se trouvent. L’auteur en est d’autant plus évidemment Dieu, que les instruments humains sont plusieurs et divers. Mais son unité et l’union intime de ses diverses parties par-dessus tout, démontrent un corps complet et parfait. Si une seule articulation d’un doigt manque à un homme, ce n’est pas un homme tel que Dieu l’a fait ; on le voit, il peut avoir la vie, mais il est imparfait. Otez un livre du Nouveau-Testament, tout le reste est divin sans doute, mais ce n’est plus le Nouveau-Testament dans sa perfection divine. Comme dans un noble arbre, l’énergie intérieure, la liberté de la puissance souveraine qui y agit, produit des formes variées, où, en détail, l’ordre humain peut sembler manquer, mais où une beauté se trouve, et qu’aucun art humain ne saurait copier. Coupez-en une branche, la lacune se voit à l’œil ; la liaison minutieuse avec le reste est détruite ; le vide qui se fait dans l’entrelacement des plus tendres feuilles, fait voir que la main spoliatrice de l’homme a été là. Voilà donc comment le chrétien jouit de la Parole ; chaque partie agit divinement en lui, et à mesure qu’il fait des progrès, le tout se déploie, dans son ensemble, aux yeux de sa foi, avec une évidence divine qui se rattache à tous les éléments de sa foi, aux gloires diverses de la personne de Christ, et à la perfection universelle des voies de Dieu, perfection dont le chrétien n’a pas jugé a priori, mais qu’il a apprise dans la Parole même.

 

5         [Médiocrité ou nullité de l’incrédulité]

5.1        [Futilité des doutes que l’homme savant se crée ; il a alors besoin de preuves. Dieu laisse l’incrédule dans son ignorance]

Quand je vois un homme, ai-je besoin de quelqu’un pour me dire que sa forme est complète ? Plus j’en connais l’anatomie, plus j’en admire la structure. Mais c’est la vue de l’homme même qui me fait comprendre sa perfection. Il en est ainsi de toutes les œuvres de Dieu ; seulement sa parole exige, comme elle produit, l’intelligence spirituelle. Si quelqu’un est prophète ou spirituel qu’il la reconnaisse. Et savez-vous comment cette Parole dispose de ceux qui ne la reconnaissent pas ? « Si quelqu’un est ignorant, qu’il soit ignorant ». Il est humiliant, sans doute, d’avoir tout son savoir traité ainsi, mais c’est ce qui convient entre Dieu et l’homme. Je ne doute pas, je le répète, que les preuves extérieures ne confirment le jugement spirituel. L’homme savant qui se crée des doutes a besoin de preuves pour les lever. Le chrétien simple se nourrit de ce qui est divin, sans s’occuper des difficultés que le petit savoir de l’homme se crée. Je repasserai en dernier lieu quelques-uns des arguments de la lettre, pour en démontrer la futilité.

C’est une triste corvée, après avoir eu ses pensées dirigées vers la perfection de la Bible.

 

5.2        [L’incrédule ne tire pas ses jugements de ce qui est dans la Parole, mais du dehors]

La première chose qui frappe, c’est que tout est jugé du dehors. On a substitué, nous dit-on, au temps de la réformation, une autorité à une autre. Ce n’est pas par le moyen de ce qui a été trouvé dans la Parole que M. Scherer juge de son autorité. Aucune opération divine dans l’âme ne se décèle dans la lettre. Dès lors, il n’est pas étonnant que la voix de l’homme soit ouvertement préférée à celle de Dieu, qui est traitée comme de la ventriloquie. — [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

5.3        [Vomir ouvertement des blasphèmes n’est pas de la franchise]

On parle de franchise. Que la manière dont l’Esprit de Dieu a été méconnu, ait donné lieu à cet égarement quant à la Parole, je le comprends : mais vomir de sots blasphèmes n’est pas de la franchise pour moi, quoique on le fasse très-ouvertement. De plus, la lettre veut que la foi se base sur une certitude historique, et une évidence morale. Je ne juge pas l’auteur, je ne sais s’il a la foi ou non, mais d’après cette phrase, on dirait qu’il ignore entièrement ce que c’est que la foi ; qu’il n’a jamais eu une conviction divine, qu’il ne sent pas le besoin d’une foi divine, et ne connaît pas sa nature ; car aucune certitude historique ni certitude morale ne peut être la foi, ni plus ni moins. La foi vient de Dieu, et reçoit un témoignage à l’occasion duquel elle met son sceau que Dieu est véritable. — [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

5.4        [La Parole de Dieu n’est pas amoindrie par le fait d’être écrite, même si les traductions introduisent des imperfections]

Il parle de l’économie de la lettre. Mais l’emploi de la Parole, par l’Esprit, n’est pas l’économie de la lettre. Paul, là où il en parle, raisonne sur la Parole. Le rationaliste, qui n’a pas l’Esprit, ne peut envisager l’Écriture autrement. Cela se comprend. Il perd l’Esprit et la Parole à la fois, pour se réduire à sa propre raison. La lettre de M. Scherer insiste sur l’imperfection du texte du Nouveau-Testament ; sur ce qu’il est écrit dans une langue morte, qu’on le lit dans des traductions, et enfin elle nous dit que les auteurs ont suivi les idées de leur siècle. Cette dernière objection n’est aussi qu’un jugement porté d’après les idées du siècle de l’auteur, et ne vaut pas une réfutation. C’est une accusation et non pas une preuve ; or, cette accusation n’est qu’une calomnie. Le fait est que si elle était fondée, il faudrait en dire autant des discours du Seigneur, ou rejeter toute l’histoire comme fausse. Voyez Jean, 3:33, 34 ; 8:47. Quant aux autres objections, j’ai déjà répondu que le Seigneur met son sceau sur les Écritures de l’Ancien-Testament, malgré les mêmes difficultés, de sorte que j’ai une certitude divine de la futilité de ces objections. J’ajoute quelques mots. L’auteur confond la règle de foi avec les moyens de sa communication ; ceux-ci se ressentent de l’imperfection des instruments. Personne ne prétend qu’une traduction soit divine, mais ce n’est que dire que la diligence humaine est employée pour profiter d’une œuvre divine. Le dépôt, la règle de la foi, reste intact.

J’ajoute que si les nuages que forment les vapeurs qui se lèvent de la terre obscurcissent le soleil, ils ne font, après tout, que démontrer, tout en l’obscurcissant, la force de la lumière qui suffit pour toute œuvre humaine, quoiqu’on ne voie pas cette lumière dans toute sa splendeur. Cette objection ne dit donc rien que ceci, que lorsque Dieu bénit, on profite de cette bénédiction selon sa diligence. Mais on va plus loin. On dit qu’on ne possède pas même l’original dans sa pureté. Ce n’est au fond que le même principe.

 

5.5        [La révélation de Dieu a été placée entre des mains d’hommes. Derrière les imperfections, la fidélité de Dieu veille sur l’Église, et Christ la nourrit et la chérit]

Tout ce que Dieu donne, il le place dans les mains des hommes pour qu’ils s’en servent, et les hommes ne savent jamais le garder comme ils devraient le faire. La révélation de Dieu a été placée entre les mains des hommes, de l’Église. L’homme ne l’a pas conservée dans une perfection absolue, soit. Dieu permet que l’homme fasse l’expérience de ce qu’il est : mais la foi sait que derrière tout cela il y a la fidélité de Dieu qui veille sur l’Église, et que Christ la nourrit et l’entretient. L’expérience apprend, et le jugement démontrera que la foi en Dieu a toujours raison. Ainsi le croyant suppose bien qu’il est possible que la négligence de l’homme ait pu admettre quelques défauts en ce qui lui a été confié ; mais il a pleine confiance dans la fidélité de Dieu. Son expérience, ainsi que nous l’avons vu, confirme sa foi ; car il trouve la Parole divine. Le jugement de Dieu décidera la question, pour l’incrédule, que la foi divine a déjà décidée pour le fidèle.

 

5.6        [Témérité du savoir incrédule, pas de doute grave sur le texte Biblique]

L’examen du texte, par les savants, n’a pas manqué de montrer la témérité du savoir incrédule, mais n’a laissé de doute sérieux que sur un infiniment petit nombre de passages, ou plutôt de mots, et aucun passage de la plus légère importance pour la vérité, n’a une nuance d’obscurité.

 

6         [Perfections divines dans les différences de détails entre les évangiles]

6.1        [Les incertitudes sur le sens ne démontrent pas l’absence d’inspiration divine]

On apprend que Dieu a été là, dans ses soins ainsi que dans son don de la Parole, quoiqu’il ait tout laissé extérieurement à la responsabilité de l’homme. Dire que le sens de plusieurs passages est incertain, pour en nier l’inspiration, est un raisonnement trop absurde pour le répéter. C’est dire que l’ignorance et l’incapacité de l’homme sont une preuve que Dieu n’a pas agi dans la chose que l’homme ne comprend pas. Il y a une impudence superficielle, dans un tel raisonnement, qui décèle vraiment la valeur du savoir humain. Le sens est incertain ! Incertain à qui, je vous en prie ?

 

6.2        [Influence de la traduction des Septante]

La lettre dit que les écrivains du Nouveau Testament ont été dominés par la traduction des Septante. Le contraire est la vérité. Lorsque cette traduction donne le sens, ils s’en servent. La moitié de leurs citations sont des traductions exactes de l’hébreu, et s’il se trouve des passages où ils se sont éloignés du teste actuel de l’hébreu, les recherches des savants ont démontré qu’ils sont appuyés par le témoignage des plus anciennes traductions. En bien des cas, ils donnent le sens sans s’arrêter aux paroles. Une recherche consciencieuse sur ce point confirme puissamment l’inspiration divine des auteurs du Nouveau-Testament.

 

6.3        [Prétendues erreurs, contradictions, inexactitudes : l’incrédule a un jugement sans valeur]

M. Scherer nous dit qu’il y a des inexactitudes, des erreurs et des contradictions. Je nie ces contradictions et ces inexactitudes. La mesure pour en juger est la certitude des connaissances de l’auteur ; faites-y bien attention. Or je ne m’y fie pas. J’ai trouvé bien des choses où l’homme veut émonder le fruit de la spontanéité de l’Esprit qui agit, et faire un carré ou un rond de ce bel arbre. Pour ma part, j’ai vu, dans sa forme actuelle, la perfection divine.

 

6.4        [Différences entre les évangiles : Tout est divinement adapté au but du Saint Esprit]

Tout est divinement adapté au but que le St-Esprit se propose. Nous avons vu que Jean ne dit rien de la prière de Jésus en Gethsémané ; Matthieu ni Luc, rien de ce dont Jean parle. Qu’est-ce que cela me démontre ? Que Jean n’y était pas ? Non. Mais que l’Esprit est l’auteur des deux récits, et non pas Jean et Matthieu. L’homme aurait raconté ce que l’homme avait vu. Le St-Esprit me présente dans l’un des Évangiles l’homme et le Messie souffrant ; dans l’autre, la personne divine qui s’offre, et à qui personne n’ôte la vie. Je trouve la perfection divine où la sagesse humaine trouve des défauts. — Luc place l’offre des royaumes de la terre avant la tentation qui a eu lieu sur le faîte du temple, et omet par conséquent « va-t’en Satan ». Erreur, s’écrie le docteur mondain. Quelle perfection ! dit le chrétien. Matthieu donne l’ordre historique, Luc l’ordre moral, car la tentation spirituelle, par la parole écrite, était d’un ordre plus avancé que la tentation de l’offre du monde entier. L’homme, le Messie fils de l’homme, le Saint s’appuyant sur les promesses ont successivement leur place. Or cet ordre moral est le caractère de tout l’Évangile de Luc, à moins que la suite historique ne soit nécessaire à la vérité du récit. C’est le St-Esprit qui écrit. —

 

6.5        [Les difficultés proviennent de l’ignorance. S’attendre à Dieu pour les résoudre]

J’ai trouvé des difficultés dans la Parole, cela ne m’a pas étonné, ignorant que je suis ; mais j’ai trouvé ces difficultés les unes après les autres ; et comme le moyen d’une introduction plus complète dans la perfection, dans la sagesse et dans la beauté divine de la révélation de mon Dieu. Si j’en trouve encore, et j’en trouve, je m’attends à lui pour me les résoudre, et je ne dis pas le sens est incertain, mais le sens est incertain pour moi. Je ne dis pas : il y a de l’inexactitude, et moi je suis assez exact en dehors de la lumière divine pour la juger : mais moi, je suis ignorant, et Dieu m’éclairera dans son temps.

 

6.6        [Les déclarations d’inspiration du Nouveau Testament ne sont pas limitées à un passage]

Nous avons vu que, lorsque l’auteur dit que saint Paul ne parle pas de son inspiration, c’est une ignorance ou une inattention qui rend, spécialement sur un sujet pareil, tous les raisonnements de la lettre indignes de l’attention d’un homme sérieux. L’apôtre dit tout le contraire, de la manière la plus nette et la plus absolue. Remarquez bien que la lettre ne voit que des raisons ou des motifs, toute action divine est exclue. Elle reconnaît, lorsqu’on insiste, l’œuvre dans la conscience, mais pour la limiter à l’étendue du jugement de son auteur. — Nous avons vu la manière dont la Parole parle des Écritures comme principe : je n’y reviens pas. J’ai déjà exposé la folie du raisonnement qui veut qu’une déclaration d’inspiration ne puisse s’appliquer qu’au passage qui prétend être inspiré ; je dis la folie, car pourquoi un passage ne pourrait-il pas dire : tous ces écrits sont inspirés ? Le fait est que les passages qui en parlent ne s’arrêtent ni au livre qui les contient, ni aux écrits du même auteur. Ils établissent un principe d’action, ou s’appliquent aux écrits d’un autre pour les placer sur le pied des Écritures. Ils constatent l’existence d’un genre d’écrits ayant une autorité divine, ils attribuent cette autorité à tout l’Ancien-Testament. La lettre ici ne trahit que la légèreté de son auteur.

 

6.7        [La fidélité de Dieu garde sa Parole, mais chacun est responsable, et la Parole jugera ceux qui la rejettent]

L’Église a pu se tromper, dit-il encore, soit ; mais n’y a-t-il point de Dieu ? Est-ce qu’il a permis que nous soyons trompés sur ce point essentiel ? L’auteur dit que oui. Il prononce hardiment sur des livres qui ont édifié l’Église pendant des siècles. Mais que vaut son jugement ? Voilà ce qu’il faut décider avant de mettre en question le livre duquel il parle. Je n’admets nullement l’autorité de l’Église, mais je reconnais qu’il est de son devoir de garder le dépôt qui lui a été confié, et je crois à la fidélité de Dieu. Dans un certain sens, tout est nécessairement remis au jugement de chacun : c’est-à-dire on est soi-même soumis à sa responsabilité. Un Socinien réclame le droit de nier la divinité de Christ et l’expiation. Si j’étais le Pape, je ne pourrais pas l’empêcher de penser ainsi ; mais, si je suis chrétien, je sais qu’il est perdu s’il reste dans cet état. Je ne peux pas faire croire à l’inspiration du Nouveau-Testament. Chacun en jugera ; mais si M. Scherer rejette la Parole, la Parole le rejettera. Il est plus hardi qu’un homme ne devrait l’être ; il ne sera pas plus fort que Dieu. Le salut ne dépend pas de la foi dans l’inspiration du Nouveau-Testament. Un homme peut être sauvé sans savoir que le livre existe, par la vérité qu’il contient, parvenue à son cœur par la bouche de quelque croyant. Rejeter la Parole de Dieu lorsqu’elle est devant nous, c’est tout autre chose.

 

6.8        [Différence dans l’inspiration du Nouveau Testament et celle du l’Ancien Testament]

J’admets qu’il y a une différence entre l’inspiration du Nouveau-Testament et celle de l’Ancien, non pas dans son autorité, mais dans son caractère. Les anciens prophètes disaient : Ainsi a dit l’Éternel ; et ils annonçaient les pensées de l’Éternel dans ses propres paroles, sur un sujet particulier, au moment où sa parole leur était adressée. Or, le Saint-Esprit, descendu comme Consolateur, pour conduire en toute vérité, est autre chose que l’Esprit prophétique, quoique le même Esprit. Voyez 1 Pierre 1:11, 12. Il sonde toutes choses, même les choses profondes de Dieu. Vous avez l’onction du Saint, vous connaissez toutes choses. Christ étant glorifié, le Saint-Esprit demeure dans les disciples, et peut ouvrir tous les trésors qui se rattachent à la gloire du Seigneur, toute la tendresse de son amour, de ses relations, comme homme, avec les siens. Dieu est devenu homme, et Dieu le Saint-Esprit demeure dans l’Église, et ainsi, si j’ose le dire, s’humanise tout en ne cessant pas d’être Dieu ; il s’épanche en grâce et en bénédiction dans tous les détails, dans toutes les circonstances de la vie humaine. Il subvient à nos infirmités. Celui qui sonde les cœurs connaît quelle est l’affection de l’Esprit, car il intercède selon Dieu.

L’inspiration du Nouveau-Testament partage ce caractère. Elle se développe, dans l’unité de l’Église, en des sentiments, des affections, et supplée aux besoins, en parlant de l’amour et des voies de l’homme-Dieu, au milieu d’un monde de pécheurs. Mais, si le St-Esprit a ainsi agi dans l’Église unie au Chef qu’il glorifiait, ce qu’il disait, ce qu’il faisait écrire, n’en était pas moins la Parole de Dieu, les pensées de Dieu communiquées par des paroles enseignées de Dieu. Comme Christ ne cessait pas d’être l’Éternel parce qu’il était homme, celui qui recevait son témoignage mettait son sceau que Dieu est véritable. On n’abandonne pas (hélas, trop de docteurs humains l’ont abandonnée) cette présence du St-Esprit dans l’Église, qui produit « l’inspiration religieuse », comme le dit la lettre de M. Scherer. On n’abandonne pas non plus l’autorité de ce qui a été proposé, soit de bouche, (si nous avions été présents pour en profiter) soit par des écrits et des paroles enseignées par le St-Esprit ; on n’abandonne pas davantage les choses qui sont les commandements du Seigneur.

Remarquez aussi qu’il ne s’agit pas seulement de l’autorité apostolique, mais de l’autorité de la Parole de Dieu. Un prophète, qui parlait par inspiration, et qui pouvait dire : le St-Esprit dit : Séparez-moi Barnabas et Saul, avait la même autorité en cela que Paul ou Barnabas. Il n’était que la bouche de Dieu, comme ce que Paul et Barnabas disait, par la même inspiration, était la Parole de Dieu. Ce qui est dit des Évangiles, dans la lettre de M. Scherer, savoir qu’ils ne sont pas écrits par des Apôtres, n’a aucune valeur. Si un Apôtre avait écrit sans être inspiré, son écrit n’aurait pas plus valu que celui d’un homme pieux. Si le plus petit dans l’Église a été employé par l’Esprit, son écrit a l’autorité de Dieu. « Leur valeur infinie ne provient pas de la personnalité spirituelle de leurs auteurs », en aucun cas, mais de leur Auteur.

 

6.9        [L’inspiration des évangiles et de 2 Pierre, Jude et Apocalypse. Détails sur la futilité des doutes]

La lettre dit que trois des Évangiles sont « des relations sur le christianisme, plutôt que des productions de son génie religieux ». Quelle manière de parler de la manifestation de Dieu sur la terre ! Ce n’était pas le christianisme, au moins, c’était le Christ. C’était Dieu qui était là. N’est-ce donc pas du « génie religieux », du christianisme, de s’occuper de son Dieu, de Dieu manifesté en chair ? Que cette philosophie est glaçante et méprisable ! ... Quelle incapacité de saisir le vrai caractère d’une chose lorsqu’il s’agit de Dieu ! Pour elle, la voix de l’homme est noble. Quand elle entend celle de Dieu, c’est de la ventriloquie ! Examinons ce que dit M. Scherer de la 2ièmede Pierre, de Jude et de l’Apocalypse. « L’Église a erré en admettant la soi-disant épître de Pierre ; Jude fait usage de fables et de livres apocryphes. L’Apocalypse a vu ses prédictions démenties par les faits ». — C’est vite dit : l’Église a erré. Seulement on peut tout aussi bien croire que celui qui porte ce jugement est sujet à errer. Aucune raison quelconque ne nous est donnée. [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

6.9.1        [Valeur de la deuxième épitre de Pierre]

Je trouve dans l’épître de Pierre l’assertion qu’elle est écrite par lui. Un ton de sainteté profonde et spirituelle, une dignité de conviction qui ne porte aucune apparence d’imposture, ce qui aurait lieu pourtant si elle n’était pas l’épître de l’Apôtre Pierre. J’y trouve des allusions minutieuses à ce qui est arrivé à l’Apôtre, dont le récit se trouve ailleurs et qui ne seraient pas suggérées à un imposteur. Aucun écart quant à la doctrine divine. La solennité et l’autorité qui ne se trouvent nulle part que dans les écrits inspirés. Une application directe à l’âme, de la part de Dieu, de l’autorité des choses écrites, qui est la caractéristique de l’inspiration. On y discerne un emploi de la Parole qui a un caractère divin, ainsi que des faits de la vie de Christ. Une connaissance et un emploi des grands principes de la vérité divine, qui sont d’une originalité incontestable, et en même temps d’une force divine qui se lie à toute la Bible. Une absence d’amplification qui n’est que dans la Bible, et qui tient à la conscience d’autorité avec laquelle parlait celui qui était inspiré ; ou qui était plutôt la conséquence naturelle de la divine autorité de celui qui parlait. [pas de saut de paragraphe dans l’original]

 

6.9.2        [Nullité ou médiocrité des épitres qui ne font pas partie du Canon du Nouveau Testament]

Ceux qui ont lu l’épître de Barnabas, par laquelle l’auteur de la lettre désire remplacer celle de Pierre, sauront juger de la différence et du discernement de celui qui a pu la préférer à celle de l’Apôtre. Au reste, il n’est guère douteux que cette épître, dite de Barnabas, ne soit une imposture, même celle qui a été épurée. On n’a qu’à lire les épitres des Pères dits apostoliques pour voir que Dieu a gardé le témoignage de sa Parole par la contre-épreuve de la futilité des écrits des compagnons mêmes des Apôtres. On ne trouverait guère, aujourd’hui, autant de non-sens dans les livres religieux faits pour des enfants. Nous avons deux épîtres de Clément, assez bonnes et aimables, écrites pour faire la paix, à Corinthe, mais elles sont les seules supportables, et cependant bien loin du Nouveau-Testament où sans doute l’humilité de l’auteur de la lettre aurait voulu les placer.

 

6.9.3        [L’épître de Jude]

L’épître de Jude, dit la lettre, fait usage de fables et de livres apocryphes. Qui lui a dit cela ? L’épître, en général, est une profonde et admirable instruction sur les caractères de l’apostasie prédite en d’autres passages de la Parole ; une instruction qui donne des éléments qui, tout en se liant avec le reste de la Parole, ne se trouvent nulle part ailleurs. Elle renferme des principes profonds de vérité éternelle et divine, et trace avec une étonnante clarté, en quelques mots, la suite morale de l’égarement de l’homme, aussi bien que ses commencements historiques dans l’Église, commencements confirmés doctrinalement, et par des allusions à d’autres passages du Nouveau Testament. Elle porte les mêmes marques d’inspiration et d’autorité divine que j’ai signalées en Pierre ; et le même contraste avec ce que nous savons être humain. Mais, il y a des fables, dit-on. Lesquelles ? Est-ce la chute des Anges ? Le Seigneur même assure que Satan est un être déchu. Nous savons, par saint Paul, qu’il y a des anges réservés pour le jugement. La témérité de la science appelle fable tout ce qui est au-dessus de sa portée. Je crois Jude et Pierre appuyés, si cela était nécessaire, par d’autres passages, plus que la lettre de M. Scherer. Toute révélation est une fable pour celui qui ne croit pas. — Peut-être est-ce Michel combattant avec le diable ? Mais ceci, comme principe scripturaire, est reconnu non-seulement dans l’Apocalypse et 2 Pierre, mais aussi dans le livre de Daniel (10:20, 21) que le Seigneur a cité. Le même passage fait voir que Michel s’intéresse spécialement à Israël ; il est appelé leur prince (Daniel 12:1), chapitre dont une partie est spécialement signalée comme digne d’attention, par le Seigneur Jésus. Le même déclare aussi que Micaël est l’instrument de Dieu en faveur d’Israël. On comprend facilement l’usage que les Israélites auraient fait du corps de Moïse, comme ils ont fait pendant des siècles du serpent d’airain. Nous savons aussi que l’Éternel l’a enseveli, prenant soin que personne n’eût connaissance de l’endroit où il le mettait. N’emploie-t-il pas les Anges dans son service, pour ces choses, et Micaël en particulier, pour Israël, et contre Satan qui s’oppose à ce service en faveur de ce peuple. De sorte qu’il n’y a pas un élément de ce qui est dit en Jude qui ne soit appuyé en principe par le témoignage de la Parole de Dieu en général. Qu’il ait été donné à Jude d’ajouter un seul fait à tout cela, ne présente aucune difficulté à celui qui est imbu de la Parole. Il y a, au contraire, beaucoup de solennité dans l’enseignement. Rien de ces détails curieux et oiseux qui se trouvent dans les fables des livres apocryphes. Mais il y a ce qui jette une grande clarté sur ce monde de Providence invisible, que, par une foule de passages, nous savons exister, et dont le rideau sera tiré quand nous connaîtrons comme nous sommes connus. Si je raisonne ainsi, ce n’est pas que je doute de l’inspiration de Jude, non, car son épître a toute l’empreinte de l’amour, de la sainteté et de l’autorité de Dieu, et sa place évidente dans l’ensemble des livres du Nouveau-Testament.

 

6.9.4        [La prophétie d’Énoch]

Je montre, non la certitude de ce que Jude dit par l’Esprit, mais la légèreté de ce que M. Scherer dit à son égard. Quant à l’accusation de tirer des choses des livres apocryphes, quelle en est la preuve ? Voici à quoi (je le suppose) on fait allusion. La prophétie d’Énoch se trouve dans un livre apocryphe, portant le nom d’Énoch, qui a été publié en Angleterre il y a quelques années, et qui existe dans la langue éthiopienne. Mais il n’y a pas la moindre trace de preuve que Jude l’ait tirée de ce livre éthiopien. Que l’auteur de ce prétendu livre d’Énoch ait eu connaissance de cette même prophétie, cela n’a rien d’extraordinaire. La prophétie elle-même est confirmée par une foule de passages de l’Ancien et du Nouveau-Testament. La vérité divine en est démontrée par des passages sans nombre et sous toutes les formes. Est-ce une preuve de ne pas être dirigé de Dieu que de conserver ce qui est certainement vrai et rien d’autre, tandis que celui qui compose le livre reconnu pour être une imposture y ajoute une masse de crudités ? N’est-ce pas plutôt une preuve du contraire, si preuve est nécessaire. Jude nous donne une prophétie qui est vraie, et rien que cela. L’homme qui en a connaissance emploie le crédit de cette vérité pour y attacher une masse d’erreurs, et on emploie cela comme une preuve que le premier n’a pas été dirigé de Dieu, et qu’il a dû tirer la prophétie vraie de celui qui en a fait un si mauvais usage. Et on appelle cela raisonner, et sagesse et savoir ! Pour le chrétien, la préservation de cette prophétie est d’un touchant intérêt. En ajoutant le fait, à une vérité enseignée ailleurs, qu’Énoch l’a prononcée prophétiquement, nous avons le témoignage, qu’avant le déluge même, l’homme de Dieu qui marchait avec lui, qui a été retiré du monde, comme l’Église le sera plus tard, a annoncé, déjà à cette époque-là, le jugement du monde qu’il quittait.

Toutes les voies de Dieu lui sont connues depuis la fondation du monde. Ses desseins sont arrêtés d’avance, quels que soient sa patience et ses voies de support et de jugement avec l’homme, avant d’arriver à l’accomplissement de ses desseins.

Enfin, dire que ce passage a été tiré d’un livre apocryphe, c’est une assertion dénuée de tout fondement. Reste à savoir si le livre existait alors ; je ne me rappelle pas si sa date a été bien sûrement fixée. Quelque savant pourra vous le dire.

 

6.9.5        [Apocalypse : richesse et profondeur]

Il ne reste maintenant que l’Apocalypse. Rien n’est difficile pour M. Scherer. En vain, une foule d’hommes pieux se sont occupés de l’interprétation de ce livre, chacun avec bien des erreurs, peut-être, ajoutant sa part de lumière à la lumière qui grandissait par leurs efforts réunis. En vain la grande ignorance de tous a été manifestée. M. Scherer comprend parfaitement ce livre ; il sait précisément ce que la prophétie dit, et, selon lui, « elle a été démentie par les faits ». Quel dommage qu’il ne nous ait pas fourni cette interprétation si certaine qui ne laisse aucun doute ! Il est sûr que s’il peut dire qu’elle a été démentie, il doit savoir ce qu’elle signifie. Que de peine il aurait épargnée à l’Église ! — Ce n’est pas la première fois que l’ignorance a tranché des questions où la vraie science a fait la découverte de son ignorance et l’a confessée. À une témérité pareille, à un dogmatisme aussi superficiel, il n’y a guère de réponse nécessaire.

J’ajouterai seulement qu’il n’y a pas un livre du Nouveau-Testament dont la date et l’auteur ne soient constatés par des témoignages plus précis, plus anciens et plus compétents : pas un qui ait agi d’une manière plus sainte et plus solennelle sur la conscience des vrais chrétiens, qui, si ce n’est pas la simple doctrine se légitimant elle-même, se lie d’une manière plus admirable à toute la structure du Nouveau Testament, en complétant tout l’édifice ; et dont, à cet égard, l’absence serait plus sensible ; pas un qui se lie autant à l’Ancien, par les révélations qu’il développe en empruntant les figures qu’emploient les prophètes, tout en y mettant la différence qui était nécessaire pour le Nouveau-Testament.

Cette manière d’agir forme la plus parfaite liaison entre les choses célestes et les terrestres, liaison constatée par la doctrine positive du Nouveau-Testament, et rend l’intelligence des symboles plus facile et le but du livre plus évident. Il n’y a guère un point, depuis le premier chapitre de la Genèse, avec lequel l’Apocalypse ne se lie pas sans effort, et d’une manière entièrement au-dessus de tout art humain. C’est un livre qui montre l’empreinte, l’essor et la perfection des pensées divines, précisément en des choses où l’homme a voulu, en dehors de la Bible, emprunter quelque chose à Dieu pour élever l’idolâtrie de son propre cœur. La création, les Juifs, l’homme, sa puissance impériale dans le monde, l’œuvre de Satan, celle de Christ dans ses résultats glorieux pour lui et pour la terre, l’Église, l’état des Saints, dans leurs relations avec Dieu, avec la terre ; le gouvernement et la patience de Dieu, les anges, — tous ces sujets sont traités, placés dans leurs relations les uns avec les autres et avec l’Étemel, sans que le livre manque cependant, en quoi que ce soit, à une seule doctrine révélée dans la Parole ; n’en copiant pas les doctrines, mais les exprimant en de nouvelles formes, et dans des circonstances toutes nouvelles qui jettent sur les anciennes de nouvelles clartés et en reçoivent à leur tour.

On comprend qu’un livre qui, comme la Bible, donne toutes les voies de Dieu depuis la création, jusqu’à la rentrée de cette création longtemps rebelle et misérable, mais maintenant rachetée, dans l’ordre et la bénédiction où la plénitude de la Divinité la place en sûreté, en ne laissant dehors que ce qui est incompatible avec la bénédiction elle-même ; on comprend qu’un livre qui révèle le Fils éternel de Dieu, qui était avant la création, au milieu de toute cette scène, pour en tirer la gloire de son Père et un ordre plus admirable que celui qui était perdu ; on comprend, dis-je, qu’un tel livre ne se termine pas sans résumer tous les fils de ce merveilleux procédé divin, dans ces résultats qui introduisent, (lorsque l’œuvre du Fils est amenée à sa perfection et toutes choses assujetties), le règne complet et parfait de Celui qui s’entoure de la bénédiction éternelle du Dieu qui s’est fait connaître en Lui. — Voilà ce que l’Apocalypse nous présente. — Qui est-ce qui (pour descendre dans quelques détails d’une autre partie du livre), en choisissant sept Eglises (nombre qui, à lui seul, suggère un ensemble parfait), aurait pu nous donner en deux courts chapitres, toutes les positions morales dans lesquelles l’Église (et même chaque individu qui a des oreilles pour écouter) peut se trouver engagée depuis le commencement à la fin de sa carrière ? Qui est-ce qui aurait pu avec cela nous donner la révélation la plus précieuse des bénédictions célestes, adaptées comme encouragement spécial aux difficultés de chacune de ces positions respectivement, et en même temps, des révélations de la gloire diverse et variée de la personne du Fils de Dieu, gloire qui rayonne sur toutes les parties du sujet avec une clarté pénétrante, et cela avec des détails propres à faire la force de ceux qui se trouvent dans les positions dont ces chapitres traitent, tout en faisant connaître à tous la gloire de Celui qui parle ? C’est ce que font les chap. 2 et 3 de l’Apocalypse. — On comprend aussi que lorsque les communications inspirées, faites à l’Église, prenaient fin ; lorsque ceux qui veillaient, de la part de Dieu, s’en allaient, et que le mal, comme toute la Parole le témoigne, devait entrer à grands flots, on comprend, dis-je, que l’Esprit de Dieu ait ainsi laissé à l’Église, aux fidèles qui en ont besoin, un résumé moral qui put répondre à leurs besoins, dans les ténèbres morales qui devaient les envelopper, résumé qui, si Dieu réveillait les siens, expliquerait le cours des événements qui avaient eu lieu pendant ce temps de ténèbres, et ferait voir que si l’Église dormait, rien n’était arrivé sans Dieu ; — un résumé qui fournirait aussi un avertissement du jugement qui tombera sur ce qui, dans le monde, est le résultat de cet abandon de Dieu et de sa lumière par l’Église, ou par ceux qui font profession d’en être, en un mot, sur le résultat de la corruption de la dernière manifestation de Dieu à l’homme, résultat qui ne laissera lieu qu’au jugement, et qui établira la justice par la puissance divine.

On comprend qu’un tel livre puisse clore les révélations de Dieu. M. Scherer n’y voit que des spéculations historiques qui ont été démenties. Qu’il y ait des choses difficiles à comprendre dans une telle révélation, cela n’est pas étonnant ; ce n’est qu’à mesure que l’Église se réveille, qu’elle prend sa place en s’humiliant, et qu’elle comprend sa propre relation avec Dieu, qu’elle entre aussi dans l’intelligence divine de ce riche dépôt de tout ce qui éclaire sa position extérieure, et qu’elle comprend la manière dont Dieu reprend le gouvernement du monde pour le placer dans les mains du Premier-né qu’il y introduit.

 

7         [L’homme en face de cette valeur de la Parole de Dieu]

7.1        [L’auteur de la lettre préfère l’homme à Dieu]

L’auteur de la lettre préfère l’homme à Dieu, au moins il préfère l’entendre, et c’est vraiment le préférer. On criera à la calomnie, j’en suis content, car au moins cela montre que la conscience sent que, si cela est vrai, c’est une horreur ; et qu’un système qui a cela pour racine et pour principe se condamne de lui-même. Eh bien, je le répète, il préfère l’homme à Dieu, et il l’avoue. — « La Bible n’est plus la Parole de Dieu », et je ne sais pas, dit-il, quel dommage il y a pour la piété, d’échanger la lettre d’un code contre les vivants produits de l’individualité apostolique », c’est-à-dire un recueil inspiré qui a l’autorité de Dieu ; « une couleur égale de divinité » contre ce qui montre l’homme dans son individualité, l’homme tel qu’il est, l’homme pieux peut-être, mais l’homme ; « une autorité contre une histoire, et pour dire toute ma pensée, une ventriloquie cabalistique contre le noble accent de la voix humaine ». — Si ce n’est pas préférer les communications de l’homme à celles de Dieu, qu’est-ce donc que cela ? L’inspiration qui fait de l’homme la bouche et la voix de Dieu, est une ventriloquie cabalistique !!... L’auteur veut la voix humaine, elle est plus noble pour lui. — Pauvres rationalistes ! admirateurs d’eux-mêmes, pour lesquels la voix de Dieu trop clairement entendue est une frayeur de mort, un son inconnu qui fait trop voir ce qu’ils sont. Mais écoutez-la, même vous docteurs humains, tentés par Satan à explorer le bien et le mal tout seuls ; écoutez-la, vous trouverez que c’est une voix de grâce qui saura vous restaurer si elle vous convainc, et couvrir votre nudité morale de la perfection et de la gloire du second Adam, du Fils de Dieu.

 

7.2        [Rejeter l’autorité de la Parole (ce que le Saint-Esprit a déjà dit) ouvre la porte à des prétentions humaines et à des ruses sataniques]

M. Scherer prétend (c’est une des formes que prend l’erreur dans ces dernières années) que rejeter l’inspiration de la Bible permet au Saint-Esprit de reprendre sa vraie place. Que l’Église ait méconnu d’une manière affligeante la présence et l’autorité du Saint-Esprit demeurant en elle, c’est ce que je reconnais pleinement. Mais je ne comprends pas comment le rejet de l’autorité de ce que le Saint-Esprit a déjà dit, relève cette autorité. Il me semble que c’est plutôt ouvrir la porte à des prétentions humaines et à des ruses sataniques. J’ai vu ce dernier effet produit par cette même cause, et, dans cette lettre, on se trouve déjà livré à des prétentions humaines. — « Au lieu de l’autorité de la Parole, nous aurons la parole de l’autorité ; au lieu de renvoyer le pauvre prosélyte aux articles d’un code, aux formules d’une dogmatique » (c’est ce que je ne veux pas plus que l’auteur de la lettre), ou aux feuilles de je ne sais quels mystérieux oracles ! nous le renverrons à tous les grands prophètes de tous les temps, à l’enseignement vivant de l’Église, à la Parole de Dieu (*) personnifiée dans ses serviteurs, à l’Esprit et à ses manifestations, en un mot, au contact immédiat du cœur avec la vérité » — Comment mon cœur est-il plus en contact immédiat avec la vérité, en écoutant « la voix humaine », qu’en écoutant les « paroles enseignées par le Saint-Esprit ? » On a de la peine à comprendre. « Les manifestations de l’Esprit », s’il ne s’agit que de l’exercice des dons spirituels pour l’édification de l’Église, et de l’énergie de l’Esprit manifesté dans ces dons, j’accepte : mais j’engage le fidèle à bien se mettre sur ses gardes contre de fausses prétentions à des « manifestations ». J’en ai vu, et j’y ai vu clairement l’ennemi, la puissance évidente et démonstrative de Satan. — Tout esprit n’est pas l’Esprit de Dieu, et Satan se déguise en ange de lumière. Ces manifestations, accompagnées d’un rejet de la Parole, tel que celui qui se trouve dans la lettre de M. Scherer, sont de l’ennemi des âmes. C’est le cas des Irvingiens, et il y en a eu d’autres. Il est très-probable que ce mouvement de l’auteur de la lettre est quelque chose de ce genre, que l’ennemi prépare, si Dieu ne l’arrête pas. Je ne crois pas que la plupart de ses adversaires reconnaissent assez le Saint-Esprit pour avoir de la vraie force contre lui. Et, ce n’est pas en abandonnant la Parole, que l’Esprit nous a donnée, que nous trouverons cette force.

 

(*) II est assez curieux de remarquer ici, qu’on s’adressait à G. Fox, le premier quaker, en lui donnant le titre de Fils de Dieu, qu’il acceptait.

 

Remarquez bien que vous êtes appelés à abandonner ce qu’il appelle : « je ne sais quels mystérieux oracles », mais qu’Étienne appelle des oracles vivants, et Paul, les oracles de Dieu, (et faites-y attention, les oracles vivants sont la lettre), pour vous livrer à « tous les grands prophètes de tous les temps », c’est-à-dire à tous les vagabondages de l’esprit humain, sans Dieu, peut-être sous l’influence de l’ennemi, et cela sans correctif, car il n’y a pas de Parole de Dieu, mais, « le noble accent de la voix humaine », et « une parole d’autorité ».

 

7.3        [Lorsqu’un mal vieillit et perd son influence sur l’esprit de l’homme, l’ennemi l’attaque pour fonder un autre mal plus en rapport avec l’état des esprits]

Le mal que M. Scherer attaque, je le reconnais. — C’est une des ruses les plus ordinaires de l’ennemi, lorsqu’un mal vieillit et perd son influence sur l’esprit de l’homme, de l’attaquer, pour fonder un autre mal plus en rapport avec l’état des esprits. Ainsi l’idolâtrie romaine a été attaquée par l’incrédulité moqueuse, aussitôt qu’elle a été ébranlée par le christianisme. La philosophie éclectique se développait aussi. C’est ce que fait la lettre ; elle attaque cette théologie dogmatique sans vie, qui se sert du nom de Dieu pour mettre des menottes, non sur l’homme, mais sur l’Esprit de Dieu. Mais en faisant cela, au lieu de nous ramener à l’autorité de Dieu, elle relève celle de l’homme ; au lieu de rendre la liberté et ses droits à l’Esprit, elle nous livre à l’esprit de l’homme, en publiant l’incrédulité de l’auteur à l’égard de la Parole, et en minant tant qu’elle peut tout ce qui est certainement de Dieu. Cela une fois ôté, et alors qu’il n’y a, ainsi que dit la lettre, plus d’autorité, c’est-à-dire l’autorité de Dieu, seul moyen de la vraie liberté de l’homme, qu’il n’y a plus d’autorité que celle de celui qui parle, ou de l’Eglise, qui est-ce qui sera libre ?

M. Scherer parle de la personne du Sauveur ; c’est le centre et la force du christianisme, mais je ne sais pas trop ce qu’elle sera si la Parole de Dieu nous est ôtée. Qui est-il, ce Sauveur ?

M. Scherer parle du Saint-Esprit, mais il en parle d’une manière si louche, pour ne pas dire davantage, qu’on ne sait pas trop ce que veut dire ce titre. Cet Esprit, dit-il, « qui a fait les Apôtres, qui a donné en eux une forme à la conscience chrétienne, à la doctrine, à la vie, et opéré dans tous les sens le riche épanouissement du principe contenu dans leur foi, cet Esprit exercera en nous une foi également libre et spirituelle ». — Je reconnais de plein cœur la manière dont on a contristé et oublié le précieux Consolateur envoyé d’en-haut ; mais je trouve ici quelque chose de mystique, de vague, qui ne répond nullement à ce que l’inspiration, que M. Scherer méprise, dit du Consolateur. C’est une espèce de principe qui forme une communauté, et non le révélateur de Christ et la puissance d’une personne divine dans l’Église. Que veut dire, « cet Esprit exercera en nous une foi ? » Je ne trouve rien, dans la manière dont il est parlé du Saint Esprit, qui me conduise à penser que ce ne soit seulement qu’une expression que la négligence ait laissé passer. Tout se ressent du même vague. Mais je termine ma lettre déjà trop longue. J’ai dû l’écrire à plusieurs reprises et seulement par demi-page. Mais je ne veux pas, lorsqu’un tel document m’est présenté, le laisser passer sans le relever.

 

7.4        [Quel est finalement l’état de l’auteur de pareilles idées ?]

Si j’avais eu la pensée d’écrire une aussi longue lettre, je n’aurais pas osé vous l’adresser ; mais la voilà telle quelle. Je sens que si ce n’était pas la lettre de M. Scherer, on aurait pu en relever, d’une manière plus incisive, la prétention et les doctrines ; mais mon affaire était avec la Bible et avec les âmes. — J’ai toujours l’espoir qu’il est chrétien, quoique plusieurs ne veuillent pas le croire, d’après sa lettre ; mais la philosophie l’a fait tomber très-bas. Je prie Dieu sincèrement, et de cœur, de le relever, mais je dénonce sa doctrine et son système comme étant de Satan.

 

 

M. Scherer venant de publier, à Paris, sa lettre de démission de Professeur à l’École de Théologie de Genève, je suis libre, maintenant, de donner une entière publicité à ma lettre sur la divine inspiration des Saintes Écritures.

30 Juin 1850.

 

 

8         APPENDICE

8.1        [Les paroles données à l’apôtre par le Saint Esprit ont autorité même si elles sont rejetées. Le fait d’être écrites ne les amoindrit pas]

Il y a un point important que je n’ai pas développé, et sur lequel je désire ajouter quelques mots. C’est l’autorité de la Parole, indépendamment de l’effet qu’elle produit dans le cœur. Je puis être amené à reconnaître l’autorité de la Parole de Dieu par l’effet qu’elle produit sur moi ; mais il est évident que ce n’est pas cet effet qui lui communique son autorité. Si la Parole produit cet effet, c’est qu’elle possède l’autorité que je suis amené à reconnaître, avant même que je l’aie reçue. Je la reconnais, parce qu’elle existe. Si Christ a prononcé les paroles de Dieu, ses paroles avaient de l’autorité quelle que fut l’incrédulité de son auditoire : c’est-à-dire, elles avaient une autorité intrinsèque. Elles ne l’ont pas perdue en étant écrites. Le Seigneur place les écrits en première ligne, comme moyen de communication. Si l’apôtre nous a fait connaître la volonté de Dieu, avec des paroles enseignées par le St-Esprit, les révélations qu’il a reçues, ses paroles, ont une autorité divine sur la conscience, lors même qu’elles seraient rejetées par l’homme. L’autorité de la Parole est indépendante de sa réception par celui qui l’écoute ; ce n’est pas lui qui en jugera, sauf à ses propres périls. « Les paroles que je vous ai dites seront celles qui vous jugeront au dernier jour ». C’est bien là ce qui s’appelle posséder une autorité indépendante de celui qui prétend en juger.

Nous ne discutons pas ici l’authenticité du témoignage, mais son autorité, en la supposant authentique. — Où gît cette autorité ? — Supposons que deux personnes lisent un livre de la Bible : le cœur de l’une est touché et convaincu de l’autorité divine de ce qu’elle lit ; l’autre reste incrédule. Est-ce que l’autorité de la Parole dépend de la foi du croyant, ou est-elle la même pour les deux personnes, tout en étant méconnue par celle qui ne croit pas ? Il est évident, ou que celle qui croît s’est trompée, ou, si elle a raison, l’autorité du livre, tout en étant méconnue par l’incrédule, est aussi grande pour elle que pour la personne qui s’y soumet. Donc l’autorité réside dans la Parole même, indépendamment de l’effet produit par elle, ou du jugement que l’homme en porte. Elle a une autorité intrinsèque. C’est le jugement du dernier jour qui le démontrera. « Les paroles que je vous ai dites vous jugeront au dernier jour. Il ne peut en être autrement de la Parole de Dieu, mais il est important de constater clairement ce principe. La Parole de Dieu ne peut pas être utile, si elle n’est pas reçue ; mais elle n’en a pas moins toute son autorité, parce qu’elle est la Parole de Dieu. À moins de nier l’existence de toute communication divine, on ne peut mettre en doute ce principe. Si l’on nie toute communication l’on est incrédule. Il ne s’agit pas de raisonner sur ce que l’Eglise possède dans les Écritures, mais de convaincre un incrédule.

De plus, cette incrédulité ne détruit pas l’autorité de la Parole, car la rébellion de l’homme ne détruit pas l’autorité de Dieu. Le temps de l’épreuve est accordé à l’homme, le jour du jugement revendiquera l’autorité de Dieu. La Parole elle-même pose ce principe : « Tu leur prononceras donc mes paroles, soit qu’ils écoutent, ou qu’ils n’en fassent rien ; car ils ne sont que rébellion ». Ézéch. 2:7 ; Comp. 3:11, 27 ; — 1 Jean 5:10 : « Celui qui croit au Fils de Dieu, a au dedans de lui-même le témoignage ». — Voilà la puissance intérieure du témoignage. « Mais celui qui ne croit pas Dieu, l’a fait menteur ». — Voilà la culpabilité de celui qui ne croit pas. L’autorité de tout témoignage de Dieu est donc indépendante du jugement que l’homme peut porter sur ce témoignage. C’est le témoignage qui le jugera.

D’autres passages qui dérivent de ce principe, l’appliquent aux Écritures, comme à un corps d’écrits. « Vu même que dès ton enfance tu as connaissance des saintes lettres, qui peuvent te rendre sage à salut, par la foi qui est en Jésus-Christ » 2 Tim. 3:15. Ici les Saintes Lettres, ou Écritures, ont une autorité sur l’homme, dès son enfance, tout en rendant l’homme de Dieu parfait. Ce n’est donc pas le jugement que l’homme de Dieu portait sur les Écritures qui en réglait la valeur. Celui qui connaissait leur valeur, comme rendant l’homme de Dieu parfait, reconnaissait leur autorité sur lui, lorsqu’il avait été entièrement incapable d’en juger. C’est-à-dire, elles avaient une autorité pleine et absolue sur lui, indépendamment de sa capacité à les recevoir ; une autorité intrinsèque et divine. L’homme de Dieu le plus avancé est heureux de les recevoir dans le même esprit. 1 Pierre 2:1-2. Le principe d’autorité est formellement posé par l’Apôtre dans le même passage : « Demeure ferme dans les choses que tu as apprises et qui t’ont été confiées, sachant de qui tu les as apprises ». C’est l’autorité de celui qui les lui avait enseignées qui était la raison pour les retenir.

L’autorité intrinsèque du témoignage des Écritures est donc clairement constatée ; c’est une autorité indépendante de la réception du témoignage, par celui qui l’entend, et tellement indépendante, que la Parole jugera celui qui ne lui obéit pas. Cela nous montre que Dieu l’a accompagnée d’une évidence morale assez grande, pour rendre coupable celui qui ne reçoit pas le témoignage, et qui fait Dieu menteur. Toutefois c’est la grâce de Dieu seule, qui peut vaincre la résistance morale du cœur de l’homme, incrédule de nature et de volonté, lorsqu’il s’agit de Dieu, et rempli de crédulité lorsqu’il s’agit de l’homme.

 

8.2        [Perfection de l’inspiration jusque dans le détail et dans les différences entre évangiles]

Il y a un autre point que je n’ai fait qu’effleurer, et que je désire mettre en évidence un peu plus clairement. Plusieurs circonstances témoignent que les récits des Évangiles n’ont pas seulement des hommes pour auteurs, mais le Saint-Esprit. Jean était un des trois apôtres qui ont accompagné Jésus dans le jardin de Gethsémané, tout près de l’endroit de son agonie : il n’en dit pas un mot. Rien de plus touchant et de plus solennel que l’agonie du Sauveur, et bien certainement Jean ne l’a pas oubliée, car il se rappelle bien d’autres circonstances qui ne se trouvent pas dans les autres Évangiles ; par exemple, que les gens qui vinrent prendre Jésus reculèrent et tombèrent par terre. Jean a aussi accompagné Jésus jusqu’à la croix, mais il ne dit pas un mot sur le fait qu’il a été abandonné de Dieu, tandis qu’il raconte une foule de circonstances qui montrent que le Sauveur était aussi calme qu’il nous l’avait fait voir dans le Jardin. Un homme, écrivant l’histoire des souffrances du Sauveur, n’aurait pas manqué de raconter des choses si profondément intéressantes, dont il avait été le témoin oculaire. Matthieu, apôtre aussi, aurait raconté l’incident remarquable qui s’est passé dans le jardin de Gethsémané, dont il fut témoin oculaire, savoir que toute la bande est tombée par terre, mais il n’en dit rien, tandis qu’il raconte l’agonie de Jésus et sa prière, quoiqu’il ne fut pas l’un des trois qui accompagnèrent Jésus dans ce moment-là. Or, si l’on examine ces Évangiles, on trouve que cette manière de faire, inexplicable si la Parole n’est pas inspirée, est parfaitement claire et intelligible si les Évangiles sont inspirés. Un seul et même auteur les a écrits. Le Saint-Esprit, dont l’œuvre est de prendre les choses de Christ et de les communiquer, nous fournit en Jean, les circonstances de l’histoire de Jésus, propres à faire ressortir la gloire de sa personne, de Celui qui s’offre lui-même à Dieu pour nous ; et en Matthieu, ce qui est nécessaire pour faire connaître le Messie souffrant. Il en résulte non seulement, une harmonie entre les parties de chaque Évangile, mais aussi de tous les Évangiles entre eux, qui produit un ensemble complet et qui montre le dessein et l’œuvre d’un seul et même auteur. Ce principe s’applique à tout le contenu des quatre Évangiles. J’ai appelé l’attention du lecteur, sur le jardin de Gethsémané, et à la croix seulement, comme à des exemples frappants. Une personne bien versée dans les Évangiles, et ayant de l’intelligence spirituelle, saurait dire par la manière dont un sujet est présenté, quel est l’Évangile où tel passage doit se trouver. Comparez la liaison de la fin de Matthieu 21 et la parabole du commencement du 22. La manière dont la parabole analogue en Luc 14:16, est introduite, et celle des vignerons, Luc 20, et l’on trouvera que le contenu, la forme, les diversités de ces paraboles, se rapportent avec une perfection admirable au dessein de chaque Évangile. En Matthieu, le rejet de Christ en rapport avec les relations du Messie avec les Juifs ; dans Luc, l’ordre moral des faits et les soins d’un Dieu de grâce, fondés sur la hase plus large, plus morale et moins officielle, du caractère de Fils de l’homme. On peut voir la même chose en comparant Matth. 24 et Luc 22.

 

8.3        [Les prophètes de l’Ancien Testament étudiaient leurs propres prophéties : l’inspiration était directe et positive]

Il y a un autre témoignage de l’inspiration, dont le caractère tout particulier mérite d’attirer l’attention du lecteur. Il s’applique spécialement à l’Ancien-Testament, mais il fait ressortir la différence entre l’inspiration de l’Ancien-Testament et celle du Nouveau d’une manière très-claire. C’est que les prophètes ne comprenaient pas leurs propres prophéties, et les étudiaient comme nous pouvons le faire nous-mêmes. Nous lisons (1 Pierre 1:11) : «  Recherchant soigneusement quand, et en quel temps l’Esprit de Christ, qui était en eux, rendant par avance témoignage, déclarait les souffrances qui devaient arriver à Christ, et les gloires qui les devaient suivre. Et il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour nous, etc. » Ils étudiaient ce que le Saint-Esprit avait dit par eux-mêmes. Leur inspiration était tellement absolue et indépendante de l’action de leur propre esprit, qu’ils recherchaient la portée de ce qu’ils disaient, comme l’un de nous pourrait le faire. Ce n’est pas là précisément le caractère de l’inspiration du Nouveau-Testament ; mais elle n’en est pas moins réelle. Elle est signalée dans les mots qui suivent, dans le passage cité : « lesquelles ceux qui vous ont prêché l’Évangile, par le Saint-Esprit envoyé du Ciel ». Le Saint Esprit, envoyé d’en Haut, conduit en toute vérité, et ainsi l’inspiration agit dans l’intelligence et par l’intelligence ; mais elle n’en est pas moins l’inspiration. Au contraire, l’apôtre Paul préfère l’inspiration qui agit par l’intelligence, à l’inspiration en apparence plus en dehors de l’homme. 1 Cor. 14:14-19 : « Si je prie en une langue, mon esprit prie, mais mon intelligence est sans fruit ». Daniel 12:8, nous donne un exemple de ce dont parle Pierre. « Ce que j’ouïs, mais je ne l’entendis point, et je dis : Mon Seigneur quelle sera l’issue de ces choses, et il dit : Va Daniel, car ces paroles sont closes et cachetées jusqu’au temps déterminé ».

Le lecteur se souviendra que le passage que je cite, est celui auquel le Seigneur lui-même renvoie ses disciples, pour qu’ils le comprennent. Or, si le prophète n’a pas compris la révélation qu’il a communiquée, si les prophètes ont étudié leurs propres prophéties pour les comprendre, il est de toute évidence que ces prophéties étaient le fruit d’une inspiration directe et positive.

 

8.4        [Unité de la Bible malgré la grande diversité d’époques des écrivains : le seul Saint Esprit en est l’auteur]

Je désire ajouter une considération qui tend à confirmer la vérité que je cherche à maintenir, et qui s’applique à l’ensemble de toute la Bible. On dirige notre attention sur le fait que la Bible n’est pas un livre, mais un recueil des productions de divers auteurs. C’est précisément sur ce fait que je fonde mon argument, mais en ajoutant à la circonstance que ce Livre a été écrit par divers auteurs, celle-ci : qu’il a été écrit en des siècles très-éloignés les uns des autres. Malgré cette grande diversité d’époques et d’auteurs, il y a une parfaite unité de dessein et de doctrine, un ensemble de parties tellement liées entre elles, qui s’adaptent si parfaitement l’une à l’autre, que l’œuvre — est évidemment celle d’un seul Esprit, d’une selle intelligence, — dans un but poursuivi depuis le commencement jusqu’à la fin, quelles que soient les époques de la composition des diverses parties. Et cela nullement par une simple uniformité d’idées, car les promesses sont tout à fait distinctes de la Loi, et l’Évangile de grâce, distinct de tous les deux. Néanmoins, les parties sont tellement corrélatives, et forment un tout si harmonieux, que si l’on y fait tant soit peu attention, on ne peut manquer de voir qu’une seule intelligence en est l’auteur. — Or, il n’y en a qu’une qui a traversé les siècles pendant lesquels les divers livres de la Bible ont été écrits, savoir le SAINT-ESPRIT. — Prenez la Genèse. Vous trouverez des doctrines, des promesses, des types qui sont d’un accord parfait avec ce qui se trouve plus développé dans le Nouveau-Testament. Des événements qui, dans ce livre, ne sont que des histoires racontées avec la plus grande simplicité, mais de manière à fournir le tableau le plus parfait de ce qui devait arriver des siècles plus tard. Des sentiments naturels à la piété, historiquement parlant, sont racontés de manière à donner une portée qui, lorsque nous en avons la clé, servent à démontrer les doctrines les plus précieuses du Nouveau-Testament, et les événements prophétiques les plus remarquables. — Prenez l’Exode, vous trouverez la même chose. Tout est fait selon le modèle présenté à Moïse sur la montagne ; tout fournit l’explication la plus claire que nous possédions des voies de Dieu en Christ. En même temps, la Loi est donnée, Loi qui n’est pas imitée dans l’Évangile, qui ne renferme pas une copie ou un arrangement humain, mais qui se lie à cet Évangile, de manière à rendre leur séparation impossible, et à donner à l’autorité de cette révélation, un caractère divin et absolu. Sans cela, Christ serait mort pour subir les conséquences d’une chose à moitié humaine, car il a porté la malédiction de la Loi. Faites bien attention, la malédiction de la Loi, révélée à l’homme, et dont il avait dit : qu’un seul iota ni un trait de lettre ne passerait pas, jusqu’à ce que tout fut accompli. Et de plus, ce n’est pas en raisonnant avec les Juifs, sur leurs propres principes, qu’il l’a dit, mais en enseignant ses disciples d’après sa parfaite sagesse à Lui, et en exposant solennellement les principes de son Royaume. — Prenez le Lévitique, les détails des sacrifices nous fournissent une lumière, qui jette sur l’œuvre de Christ, des rayons de clarté que rien ne saurait remplacer, et nous donnent la clé de tous les mouvements du cœur de l’homme, et la réponse à tous ses besoins, tels qu’ils se trouvent même chez les païens. Ces détails préfigurent le sacrifice de Christ dans toutes ses applications, ainsi que cela est doctrinalement exposé dans le Nouveau-Testament, soit par le Seigneur, soit par ses apôtres. Pour l’auteur inspiré, c’étaient des ordonnances judaïques.

Prenez les Nombres, histoire de la marche du peuple de Dieu à travers le désert. Ces choses, dit l’apôtre, leur sont arrivées comme des types, et elles sont écrites pour nous, sur lesquels l’accomplissement des siècles est arrivé. Qui est-ce qui les a écrites pour nous ? — Certes ce n’est pas Moïse, quoiqu’il en ait été l’instrument humain. C’est Celui qui connaît la fin, dès le commencement, et qui dispose de tout selon son bon plaisir.

Tous les événements de la vie chrétienne sont déposés, dans ces oracles, d’une manière si complète, que l’apôtre peut nous dire qu’ils peuvent nous rendre sages à salut, par la foi en Jésus-Christ.

D’un autre côté, le Nouveau-Testament est loin de répéter seulement le contenu de l’Ancien, ou d’annuler son autorité. Il introduit une lumière toute nouvelle qui, tout en mettant de côté une foule de choses, dont l’accomplissement ôte de la valeur, jette une clarté sur le contenu de l’Ancien-Testament, qui seule, lui donne sa vraie portée. Tout ceci s’applique à la loi morale, à la loi cérémonielle, à l’histoire des patriarches, à la royauté de David et de Salomon, aux sentiments exprimés dans les Psaumes, ainsi qu’à d’autres sujets. — N’est-ce pas un SEUL ESPRIT qui a fait tout cela ? Est-ce l’esprit de Moïse ou de Paul ? Non, certainement non. Faites aussi attention que tout cela se rapporte à Christ, et à toutes les gloires de Christ ; gloires que Dieu seul a connues, pour les révéler d’avance, et pour donner dans l’histoire, dans les ordonnances de son peuple, et dans ce qui est raconté du monde même, précisément ce qui se rapporte au développement de tout ce qui serait manifesté dans son Fils Jésus. Ainsi, que dit Pierre ? (Actes 2) « Je puis bien librement vous dire, mes frères, du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son sépulcre est parmi nous jusqu’à ce jour. Mais, étant un prophète, et voyant cela d’avance, il a parlé de la résurrection de Christ, et il a dit que son âme n’a pas été laissée dans le Hadès, et que sa chair n’a pas senti la corruption ». — Je ne pense pas parcourir ici tous les livres de la Bible, pour faire voir les preuves de cette unité de dessein, manifestée dans une œuvre faite par des instruments si différents, et à des époques si éloignées, unité réalisée dans l’accomplissement d’une tâche qui ôte toute idée de cette intention, chez les personnes qui l’exécutaient. Je ne me sers de cette considération, que comme confirmation de la doctrine que je maintiens ; mais pour celui qui connaît un peu la Parole de Dieu, cette preuve est d’une évidence incontestable.

 

8.5        [L’exactitude morale plus importante que l’exactitude de détails]

Je n’ajouterai plus qu’un mot. En jugeant de l’inspiration par l’exactitude, on se trompe entièrement sur ce qu’on doit chercher. Le St-Esprit ne cherche pas l’exactitude qu’on demande, pour reconnaître qu’un homme a dit la vérité. Le St-Esprit a toujours un but moral ou spirituel ; la révélation de quelque principe éternel de vérité et de grâce. Toute circonstance qui ne se rapporte pas à ce but est omise, sans que l’Esprit s’occupe de l’exactitude, sous ce rapport-là. Mais l’exactitude morale n’en est que plus grande, et le tableau présenté à la conscience beaucoup plus parfait. L’introduction d’une chose nécessaire à l’exactitude humaine, gâterait la perfection de l’ensemble, comme témoignage de Dieu. — Dieu ne cherche pas à amuser l’esprit de l’homme, par des histoires sans but, mais à enseigner son cœur par la vérité. Cela peut rendre quelquefois un récit difficile à coordonner, comme récit ; mais il y a deux moyens d’expliquer la source des difficultés : l’ignorance de celui qui trouve une difficulté, ou l’impossibilité de la chose qui a fait naître son embarras. Or l’homme attribue volontiers à cette dernière cause, ce qui provient de la première. Celui qui comprend le but du St-Esprit, dans ce qu’il dit, saisit la perfection de la Parole, là où l’esprit de l’homme est arrêté par mille obstacles.